Deux gamins poussent les vantaux du portail d’une bucolique propriété, laissent passer la voiture et puis courent derrière jusqu’à la maison.

Dans la cuisine, branle-bas de combat. Grand-mère a mis les mains dans la pâte et grand-père prépare la poularde en croûte. Et pendant qu’un fils s’affaire dans le jardin à dresser la table pour le dîner d’anniversaire, que les enfants préparent un petit spectacle dans leur coin ; les spectateurs composent l’arbre généalogique avec les personnages en présence.

Le cadeau n’attend pas le gâteau, c’est un coup de fil, c’est Claire (Emmanuelle Bercot). La fille de la famille, partie aux États-Unis voici trois ans, ne donnant plus de nouvelles depuis 6 mois, attend qu’on vienne la chercher au bord de la grand-route. Vincent (Cédric Kahn), son frère, se précipite dans sa BMW et la ramène.


On peut passer à table mais auparavant, Vincent pose la question : tout le monde est-il d’accord pour être filmé ? C’est que l’autre frère, Romain (Vincent Macaigne) a mis une caméra sur un pied pour enregistrer le repas. Il tourne un film sur la famille. Une fiction ? Un documentaire ? C’est pas clair. Une installation, plutôt. Romain se voit plutôt artiste contemporain.

Bon appétit, donc et sans attendre Claire, partie prendre un bain pour se remettre du jetlag et de la pluie. A peine s’installe-t-elle à table que la tension monte de trois crans. La fille prodigue ne fait que passer pour prendre sa part d’héritage. Le spectateur peut recommencer son arbre généalogique, retailler certaines branches, ajouter beau-père, demi-frères, fille élevée par sa grand-mère. On se dit qu’on a déjà vu ce règlement de comptes mais le récit ne prend pas le chemin balisé. Cette imprévisibilité ajoute de nouveaux crans à la tension.

En fait, cette crispation notariale révèle une blessure lointaine mais toujours purulente, qui infecte la famille et a définitivement perturbé Claire. La tension ne fera que monter jusqu’au climax final. Ironiquement, il prendra fin sur ces mots d’un personnage : "Faut souffler, maintenant". C’est bien l’avis du spectateur, aussi.

Pourtant, on n’est pas chez Bergman. C’est un drame familial mais Cédric Kahn distille un ton quasi naturel avec des plages drôles et néanmoins anxiogènes, grâce à la complicité de Vincent Macaigne dans son rôle d’allumé. Celui-ci tient une des meilleures scènes, lorsqu’ayant manqué la prise qu’il ne fallait pas rater, il s’agite pour la faire rejouer à ses "acteurs".

A chacun, sa réaction

La famille, la santé mentale et le cinéma composent les trois principaux ingrédients d’un film tendu sur un divorce traumatisant. Certains enfants sont moins résilients ou plus sensibles génétiquement que d’autres et le trauma les irradie et les déforme inexorablement.

C’est aussi un film sur la façon dont chaque membre de la famille réagit, compatit, encaisse, culpabilise, souffre, s’agace de la maniaco-dépression. Elle est incarnée de façon virtuose par Emmanuelle Bercot, toujours too much sans en faire jamais trop, au bord de l’implosion, de l’explosion, du précipice. Une interprétation à la hauteur de Mon Roi, prix d’interprétation à Cannes. En grand-mère, Catherine Deneuve ne donne jamais l’impression de jouer, vidant le mot banal de sa connotation péjorative. Vincent Macaigne dévoile de nouvelles facettes de son personnage. Cédric Kahn derrière mais aussi devant la caméra, est tout aussi convaincant que dans L’Économie du couple.

Fête de famille Drame familial De Cédric Kahn Avec Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent Macaigne, Cédric Kahn. Durée 1h 40.

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