C’est le matin dans un minuscule HLM de la banlieue de Roubaix. Axelle (Sara Forestier) doit se dépêcher. Avant d’aller au boulot, elle doit gérer sa mère, qui clope dans la cuisine, et ses trois enfants en bas âge, qui lui donnent du fil à retordre… Une fois les bambins à l’école, elle peut enfin souffler et rejoindre ses copines Dominique (Noémie Lvovsky) et Conso (Annabelle Lengronne), en supportant les remarques déplacées de la bande de petites racailles de la cité. La voiture se met en route, passe la frontière et se gare devant une villa a priori comme les autres, au bord d’une nationale. Seules les ampoules violettes des appliques extérieures laissent deviner l’usage de la maison…

Comme son titre l’indique, Filles de joie s’intéresse en effet au quotidien de trois Françaises qui traversent chaque jour la frontière pour venir vendre leur corps dans un petit bordel flamand. Mais si, entre les filles, la joie et la solidarité sont de mise, le film ne cache rien de la difficulté, aussi, de mener une telle double vie.


Cinéma en tandem

Au générique, le film est signé Frédéric Fonteyne et sa compagne Alice Paulicevich. Le premier réalise, la seconde scénarise, mais le résultat est celui d’un duo. Mettre sur le même pied un réalisateur connu - Une liaison pornographique et La Femme de Gilles ont placé Fonteyne sur la carte du cinéma belge en 1999 et 2004 - et sa scénariste, la démarche semble tellement naturelle. Surtout au vu du sujet abordé.

Au terme de recherches approfondies sur le milieu de la prostitution, Paulicevich (qui avait déjà coécrit Tango Libre, le dernier film de Fonteyne en 2012) accouche d’une histoire forte, malgré un recours pas franchement nécessaire à des éléments de polar. Les destins qu’elle décrit ne sont pas des vies de misère, plutôt tristement quotidiennes, observées à bonne hauteur, celle de ces femmes pleines de vie malgré leur situation. Pour ne pas verser dans le sordide, le duo trouve en effet le bon équilibre, utilisant avec justesse l’humour pour relâcher la pression quand les situations deviennent trop dures.


Un trio d’actrices épatantes

Il faut dire que Fonteyne et Paulicevich peuvent compter sur le talent de leurs trois comédiennes : Sara Forestier, explosive et fragile, Noémie Lvovsky, imperturbable et royale, et la sculpturale Annabelle Lengronne. Vue notamment dans Une vie meilleure de Cédric Kahn, elle crève ici l’écran. Toutes trois composent cette bande de putes qui, contre les difficultés de la vie, choisissent de se serrer les coudes, faisant preuve d’une vraie sororité.

Fonteyne a souvent privilégié les personnages féminins, mais le regard est cette fois clairement féministe. Car si le sujet fait vaguement écho à Une liaison pornographique - où Nathalie Baye et Sergi López (qui joue ici le mari de Lvovsky) se retrouvaient dans une chambre d’hôtel pour explorer leurs fantasmes -, les fantasmes sont ici à sens unique. Ce sont ceux d’hommes qui payent des femmes pour les assouvir...

Filles de joie Drame au féminin De Frédéric Fonteyne&Anne Paulicevich Réalisation Frédéric Fonteyne Scénario Anne Paulicevich Photographie Juliette Van Dormael Musique Vincent Cahay Avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne, Sergi López… Durée 1h30.

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