Cinéma

Même si Welcome in New York n'est pas sélectionné à Cannes, Gérard Depardieu l'a défendu avec passion et humour sur la Croisette samedi sur le coup de 23 h...

Sur papier, Welcome in New York s'imposait comme un des événements de ce Festival de Cannes... pour lequel il n'est pas sélectionné. La vision de l'affaire DSK par le provocateur Abel Ferrara sentait le souffre, le sexe, le scandale. Tout ce qu'il faut pour agiter la Croisette. En plus d'une ultime pied de nez au temple du 7e art : le film ne sera montré, à partir d'aujourd'hui, que sur Internet ! Il y avait d'ailleurs foule samedi à 21 h pour assister à l'unique projection, sous une tente située sur la plage. De nombreux journalistes non-accrédités sont restés sur le carreau. Et ont donc manqué une première demi-heure largement à la hauteur de sa réputation de « porno soft ».

Devereaux, incarné par Gérard Depardieu, déshabille ses secrétaires, s'offre une orgie de sexe, de champagne et de milk-shake au cognac, avant de remettre le couvert avec deux autres prostituées jusqu'au petit matin. Le temps de prendre une douche et le voilà nez à sexe avec la femme de ménage de l'hôtel. Sur laquelle il saute aussitôt.

Jusque-là, il faut bien le reconnaître, c'est assez hot. La suite, extrêmement bavarde, se révèle beaucoup plus ennuyeuse. L'accro au sexe reproche à sa femme d'avoir eu des ambitions présidentielles à sa place, se livre à des réflexions psychologiques à deux balles, considère qu'il ne s'est rien passé après avoir flanqué ses parties génitales devant la bouche d'une femme non-consentante et se perd dans des monologues assez délirants ou des aveux assez crus (« J'aime les salopes, les putes »).

Et cela explique peut-être la non-sélection cannoise du film. « Je ne sais pas pourquoi, explique Gérard Depardieu. Je pense que des demandes n'ont pas été entendues. Abel n'avait jamais vu un Festival où on demande à un artiste de couper une scène. A Cannes, Antonioni a été sifflé, Marguerite Duras ou Maurice Pialat aussi. On peut imaginer tout ce qu'on veut. Moi, avec ma sale tête, j'ai imaginé peut-être quelques pressions (rire). Mais je ne pense même plus à ça. Cela doit être difficile aussi de réveiller ces sentiments. Je comprends. Comme dirait M. Thierry Frémaux sur la famille de Monaco: Je comprends la famille de Monaco (éclat de rire). »

Pour Gégé, le plaisir fut intense

On s'en rend compte à son ton: pour Gégé, le plaisir fut intense. « Plaisir de tourner sur un sujet qui n'a échappé à personne puisque les médias se sont réjouis là-dessus, qui mêle pouvoir, sexe, argent, comme si c'était quelque chose de shakespearien. y a une belle théâtralité dans le pouvoir, dans ceux qui tirent les ficelles avec l'argent. J'ai pris encore plus de plaisir à cause de cette luxure dont on n'est pas toujours responsable, dont on peut être malade. Je plains les gens comme ça. Il y avait donc tout le matériau des grandes tragédies qui ont traversé les siècles. »

Si la référence lui paraît évidente, Gérard Depardieu prétend pourtant « ne jamais avoir pensé » à DSK même s'il « est là sans arrêt ». Et s'il reconnaît « quelques exagérations » dans la manière de présenter le FMI, le film n'est en rien porno à ses yeux. « Toutes les scènes qui suggèrent la sensualité sont très violentes. Aucun acteur ne peut jouer ça. Montrer ce qu'on fait à ces filles, c'est d'une tristesse. Donc c'est très violent. Il y la réalité et l'imagination. On a tous connu des moments où on dépasse les limites. Mais je ne comprends pas les critiques: ce n'est pas porno du tout. On ne voit pas des sexes en érection, c'est juste une histoire vraie. Moi, je hais la violence et son comportement grossier avec les filles. »

Avec ce rôle, il s'est aussi surpris. « Je ne me pose pas de questions sur le personnage. Mais quand j'ai vu le film, j'ai trouvé ça très violent. Cela ne me ressemble pas. Je n'imaginais pas que cela pouvait sortir de moi. Cela doit être pénible de vivre ça en couple quand on sait qu'on aime quelqu'un. Mais je ne veux pas impliquer les véritables héros, si on peut parler de héros... Quand je me suis retrouvé dans les marques de ce qu'on a vu dans les journaux, d'un homme brillant et futur président, je suis rentré dedans comme dans une pièce. Cela doit être pénible de survivre à ces choses. »

L'expérience l'a d'autant plus marqué qu'il a énormément dû improviser, Abel Ferrara ne le dirigeant pratiquement pas. « Qu'est-ce qu'ils ont bien pu se dire à l'intérieur de l'appartement ? Voilà ce à quoi nous avons tenté de répondre. Avec un peu d'impro. Quand l'objectif est bien placé, on se retrouve comme dans un champ de bataille et on peut s'exprimer. C'est le temps qui fait qu'il n'y a plus de cinéma mais simplement des vérités qui sortent de nous. Qu'elles soient monstrueuses ou énormes, en tout cas, elles ne sont pas normales. Et c'est ce que j'aime: le paradoxe de l'acte, avec des cinéastes comme Abel ou Pialat ou quelques rares metteurs en scènes avec qui j'ai eu la chance de travailler. C'est ce qui me manque beaucoup dans le cinéma actuel. Il faut beaucoup de courage, et je ne vais pas me lancer de fleurs, pour résister à ça. Je dis donc bravo à Jacqueline (Bisset). Pour moi c'était plus simple puisque j'étais suicidaire. C'était difficile pour Jacqueline. C'est une aventure unique, peut-être parce que c'est tiré d'un fait divers que tout le monde connaît. Je ne cherche pas à donner tort ou raison au personnage. J'avais un regard assez froid sur la femme qu'il aime. Il était très préoccupé par le piège dans lequel il était tombé. C'est vrai qu'on se sent très seul là-dedans. »

Avec tout le monde qui l'entoure à minuit quart, au moment où se clôture la conférence et commence une party cannoise, Gérard Depardieu n'a pas dû ressentir cette sensation sur la Croisette.