"Le retour des hirondelles" : Un film lyrique qui subit les foudres d’une censure redevenue très active en Chine

La fin du sixième film du réalisateur Li Ruijun a été caviardée en Chine avant son retrait pur et simple des écrans.

"Le retour des hirondelles" de Li Ruijun
Ma (Wu Renlin) et Guiying (Hai Qing), un couple mal assorti uni dans l'adversité. ©September Films

En 2017, le réalisateur chinois Li Ruijun présentait à Cannes Passage par le futur qui chroniquait par le biais de la fiction l’urbanisation sauvage de la Chine qui fait miroiter aux plus pauvres d’illusoires rêves d’embourgeoisement. Le sixième et nouveau film de ce petit frère artistique de Jia Zhang-ke, Le retour des hirondelles envoie à un moment un couple de paysans, visiter un immeuble en construction.

Le déplacement et les mutations des communautés agraires demeurent la toile de fond socioculturelle de ce récit mélancolique situé en 2011 à Gaotai, ville natale du réalisateur. Ses paysages arides, à la frontière de la Mongolie intérieure, offrent un décor élégiaque à l’union d’abord un peu contrainte de deux marginaux.

Métaphore sociale

Ma (Wu Renlin, acteur fétiche de Li) est le dernier célibataire de sa fratrie, exploité par les siens. Guiying (Hai Qing, actrice connue) a dépassé l’âge de la plupart des épouses dans la Chine rurale, à cause d’une santé fragile et de sa claudication. Le mariage arrangé une fois expédié, le couple de proscrits s’échine à exploiter un lopin de terre, obtenu grâce à une aide gouvernementale, et à bâtir une demeure.

Même dans un Etat communiste, l’individu peut être victime d’exploitation par des intérêts particuliers. Faute de vivre du fruit de sa terre, Ma se retrouve en position d’améliorer son ordinaire grâce à son groupe sanguin rare (appelé “sang de panda”) dont un édile local a un besoin impérieux. Mais cette source de revenu épuise ses forces vitales et met sa santé en danger. Ou la métaphore sociale du pauvre vampirisé par le puissant.

Néoréalisme

Comme d’autres célèbres réalisateurs avant lui, mais avec le brio des meilleurs d’entre eux, Li Ruijun use du néoréalisme pour rendre compte d’un monde en voie de disparition, des inégalités et des injustices dans la Chine de Xi Jinping. Magnifié par les images du directeur de la photographie Wang Weihua, le récit égrène le fil des saisons, rend hommage au labeur paysan.

Alors que la relation du couple fleurit, le cadre s’élargit, révèle la nature, la beauté des paysages. Même austère, leur intérieur est chaleureux. C’est le nid des hirondelles du titre français, celles qui reviennent nicher sous les toits des maisons traditionnelles, compagnes des paysans qui rythment les saisons. “Où iront-elles ?” demande Ma à un officiel qui supervise la destruction d’une maison inoccupée. Un décret gouvernemental l’impose, manière d’accélérer l’exode rural et d’empêcher tout retour à ceux qui ont accepté un logement en ville.

Le titre anglais international, Return to Dust évoque le destin de ces maisons. C’est, aussi, un écho de ce que Ma dit à sa femme pour la consoler d’une mauvaise récolte : “si une plante meurt, elle nourrit le sol, ce qui permet à d’autres plantes de pousser”.

Critique et censure

Le film critique ces bouleversements à travers les épreuves qu’affronte ce couple. Comme dans les films américains contempteurs du capitalisme, Li Ruijin met en scène beaucoup de transactions financières. L’argent circule à tout va dans la Chine communiste. Même la destruction forcée d’une maison se monnaye. Le rabais est toujours à l’avantage du plus nanti. “N’es-tu pas fatigué d’être exploité par les autres ?” hurle le paysan dans son seul instant de révolte. Mais il s’adresse à son âne – on ne critique pas le système…

Mais son gardien, la censure, n’est pas idiot. Après en avoir modifié la fin, en porte-à-faux avec les idéaux officiels, Le retour des hirondelles a été retiré des écrans chinois en septembre. Au même moment, quatre autres films ont subi les foudres d’une censure redevenue très active avec le renforcement du pouvoir de l’omnipotent Xi Jinping. Une double censure qui rend d’autant plus précieuse la version du film qui sort en Belgique.

Le retour des hirondelles De et écrit par : Li Ruijun Avec Hai Qing, Wu Renlin,… 2h11

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étoiles Arts Libre cinéma ©LLB
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