Cinéma

A la fin du précédent Avengers : Infinity War, Thanos (Josh Brolin), Némésis des Avengers depuis 2012 et seize films, éradiquait « la moitié de toute forme de vie dans l'Univers » (et des super-héros) grâce au Gant de l'Infini. Un génocide arbitraire (le choix des victimes était aléatoire) motivé par une vision nihiliste froidement terre à terre : face à la surpopulation et aux guerres, voici le seul moyen de rétablir un "juste" équilibre. La décroissance d'un claquement de doigt, en somme. Pas théoriquement sot, d'un point de vue existentiel et environnemental, quoique fascisant dans la méthode.

Cinq ans - et quelques changements de coupe de cheveux - plus tard, même si Captain America (Chris Evans) peut se réjouir de revoir des baleines dans la baie de New York (une humanité réduite de moitié, ça pollue moins...), les survivants pleurent encore leurs morts dans un monde et un univers qui semblent avoir abandonné tout espoir.

Thor (Chris Hemsworth) a sombré dans l'alcool, Clint Barton (Jeremy Renner) est devenu un tueur nihiliste, Tony Stark (Robert Downey Jr.) a refait sa vie avec Pepper (Gwyneth Paltrow)... Seul Bruce Banner (Marc Ruffalo) a trouvé un équilibre avec son encombrant démon vert. La Veuve noire (Scarlett Johansson) tente de garder le contact avec chacun.

Le retour inopiné d'Ant-Man (Paul Rudd) de la zone quantique entrouvre la porte d'un retour en arrière. Pour empêcher le pire, quel meilleur moyen que d'empêcher a posteriori Thanos de réunir les six Pierres de l'Infini ? Mais remonte-t-on le temps impunément ?

Des démons familiaux

Il fallait bien trois heures pour conclure une saga enchevêtrant 22 films. Les frères Russo, à la réalisation, et Christopher Markus et Stephen McFeely, au scénario, mènent bien leur barque. La première partie, crépusculaire et intimiste, rappelle le meilleur de Captain America : Winter Soldier - et fait regretter à nouveau qu'ils n'ont jamais dirigé un film consacré à la Veuve noire.

Le deuxième acte, suivant trois missions en parallèle sur autant de niveaux temporels, est un morceau de dentelle, qui s'insère dans des scènes fameuses d'épisodes précédents des Avengers, de Thor et des Gardiens de la Galaxie. Petit jeu de clins d'oeil avec les fans - mais pas inaccessible aux profanes - qui permet aussi de ramener à l'écran certains personnages.

Au-delà de la quête - où tout ne se déroule pas comme prévu, évidemment -, chaque mission est l'occasion de confronter les principaux personnages à leur passé et leur démon intérieur, souvent familial (les sagas Marvel sont, globalement, des histoires d'orphelins ou de familles dysfonctionnelles). Chacun en tirera l'opportunité d'une rédemption.

Un final apocalyptique

Le troisième acte, classique, de l'affrontement ultime et apocalyptique réussit - une fois n'est pas coutume - dans sa surenchère (feu Jack Kirby et Stan Lee, démiurges originels de cet univers, n'auraient jamais rêvé voir cela). Comme on sait que certains acteurs tireront définitivement leur révérence, le scénario joue la carte du suspense : quel personnage va mourir pour de bon ? C'est tout bénéf.

Au passage, les Russo s'offrent une petite séquence "girl empowerment" assez savoureuse pour les fans (et, peut-être, réponse oblique aux reproches de sexisme). De même, dans un joli final, un beau passage de témoin vers une autre minorité.

S'il n'était disparu en novembre dernier, Stan Lee, démiurge originel de cet univers, se serait fendu de son fameux "Excelsior!".

 

Avengers : Endgame. Saga super-héroïque. De Anthony et Joe Russo. Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely. Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Chris Hemsworth, Josh Brolin, Brie Larson... Durée 3h01.