Stephen Frears et Meryl Streep réunis pour une bio très classique de la pire chanteuse du monde.

"On peut dire que je chante mal mais personne ne pourra dire que je n’ai pas chanté !" Sur son lit de mort, Florence Foster Jenkins comprend enfin que, depuis des années, tout le monde s’est moqué d’elle. Il suffit d’ailleurs de taper son nom sur Youtube pour découvrir, vieux enregistrements à la clé, qu’elle fut bien l’une des pires sopranos au monde, comme le titrait cruellement le "New York Post" à l’issue du concert qu’elle donna le 25 octobre 1944 au prestigieux Carnegie Hall de Manhattan. Essentiellement remplie de marins en permission à qui on avait offert des places mais où s’étaient également glissées quelques stars comme Cole Porter ou la soprano Lily Pons, la salle restera interloquée devant un tel manque de talent mais aussi face à un tel aplomb !

La vie de Florence Foster Jenkins a déjà été portée au cinéma l’année dernière par Xavier Giannoli dans "Marguerite". Transposée dans la France du début du XXe siècle, l’histoire restait assez fidèle à la trajectoire de ce personnage bigger than life, incarné par la géniale Catherine Frot. Stephen Frears choisit, lui, d’aborder frontalement la vie de Jenkins dans un biopic classique qui offre un nouveau grand rôle à Meryl Streep. Géniale en rockeuse dans "Ricki and the Flash" de Jonathan Demme, la voilà tout aussi à l’aise (même si toujours à la limite du cabotinage) lorsqu’il s’agit de se transformer en Castafiore tout en démesure…

Les thèmes abordés par Frears sont identiques à ceux de Giannoli, même s’il souligne moins la dimension tragique de ce destin hors norme. Comme dans son film précédent "The Program" (consacré au dopage de Lance Armstrong), le Britannique explore ici une existence marquée par le mensonge. Sinon que si l’héroïne vit ici dans le mensonge, ce n’est pas de son propre chef, mais bien de celui de son entourage. Personne en effet n’est capable de dire la vérité à cette vieille millionnaire passionnée de musique. Au mieux de peur de la blesser, comme son mari volage mais aimant (Hugh Grant, excellent). Au pire, pour pouvoir continuer à profiter de ses largesses, comme le célèbre chef d’orchestre Arturo Toscanini…

Tirant volontiers du côté de la comédie, Frears parvient cependant à trouver un subtil équilibre pour ne pas moquer totalement son héroïne. Comme chez Giannoli, malgré le ridicule, on en vient en effet à se prendre de sympathie pour la détermination de cette vieille excentrique et pour l’amour sincère qu’elle porte à la musique (qui, malheureusement, ne le lui rend pas…). Un être naïf, victime de l’ironie d’une société qui n’aime rien tant que de se trouver une cible de moquerie facile. Depuis 1944, rien n’a vraiment changé. Il suffit de regarder un épisode des "Ch’tis à Hollywood" : la téléréalité reproduit en effet aujourd’hui exactement le même schéma cynique…


© IPM
Réalisation : Stephen Frears. Scénario : Nicholas Martin. Photographie : Danny Cohen. Musique : Alexandre Desplat. Montage : Valerio Bonelli. Avec Meryl Streep, Hugh Grant, Simon Helberg, Rebecca Ferguson, Nina Arianda… 1 h 50.