Il est indéniable que "La Nouvelle guerre des boutons" a les moyens de ses prétentions. Sur papier, le casting est impressionnant : Laurent Cantet, Gérard Jugnot, Laetitia Casta, Kad Merad. A l’écran, l’argent : village d’Epinal filmé sous tous les rayons chaleureux du soleil, champs dorés, vertes vallées, amples mouvements de caméra. On a aussi pensé aux oreilles du spectateur, qu’on sature de violons à la moindre occasion.

En fait de "nouvelle", Christophe Barratier creuse surtout le même sillon nostalgique depuis "Les Choristes", celui d’une France immuable, où l’on croise les mêmes acteurs bankables (Jugnot, Merad), serviteurs anonymes des valeurs de la IIIe République Outre la figure de l’instit de village tolérant et édifiant, "La Nouvelle guerre des boutons" entretient le mythe de la France résistante. Mais tout à leur vision idyllique de l’Histoire, Barratier et son producteur ont oublié qu’avec le recul, cette France "éternelle", louée à coups d’images filtrées et de flonflons, relève d’une imagerie aussi réactionnaire que celle des manuels pétainistes dénoncés par leur maître Merlin.

La contradiction s’incarne avec une naïveté confondante dans le personnage de Jugnot, supposé attendrir avec ses souvenirs des temps glorieux de la Coloniale, où il dégommait les "niaquoués". Mais le "pied nickelé" a bon fond, puisqu’il se précipitera au secours de la petite juive. Laquelle se doit, pour faire bonne figure, d’être fille d’architecte, bonne élève et bien élevée (et future bonne ménagère : elle recoud déjà complaisamment les boutons de Lebrac ). Moche, bête et pauvre, aurait-elle valu que deux villages français risquent le pire ? Au temps aussi pour le professeur, avec sa leçon d’indulgence vis-à-vis du traître en culottes courtes : la scène suivante, il mime sans ambiguïté le sort qui attend à la Libération sa version adulte, le collabo vichyste (ex-cancre, donc con et félon).

Ces deux poids, deux mesures collent au cinéma de Barratier : n’a-t-il pas tourné "Faubourg 36", son histoire de braves artisans "front populaire" se battant pour sauver leur emploi, dans la banlieue de Prague, où les techniciens sont moins chers que ses compatriotes ? En le confisant dans le formol d’une boule à neige, tout en se faisant le mercenaire d’un producteur opportuniste, le réalisateur confond cinéma populaire avec cinéma populiste.

Réalisation : Christophe Barratier. Avec Laurent Canter, Gérard Jugnot, Kad Merad, Leatitia Casta, 1h40.