Cinéma

Début avril 1975, les troupes khmères rouges prennent possession de Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Ils ordonnent l’évacuation de la ville, jetant sur les routes 1,5 million de réfugiés, en direction des campagnes. Dans la confusion qui règne, Chou et son mari Khuon perdent la trace de leur fils de trois ans. Retenus prisonniers dans un camp de redressement par l’Angkar, le Parti communiste du Kampuchéa démocratique, ils sont condamnés aux travaux forcés dans les rizières. Refusant de se résigner, ils tentent de survivre à la barbarie de leurs gardiens et à la famine, dans l’espoir de revoir un jour leur enfant…


Dessin animé tragique

Coproduction entre la France et la Belgique (via la société flamande Lunanime et Screen Flanders), Funan est un film très dur. Malgré son esthétique de dessin animé plutôt classique, il sera sans doute difficile à montrer aux plus petits. Car, contrairement à ce qui se fait souvent, Denis Do choisit de ne rien éluder, de ne rien édulcorer, dans son évocation de la barbarie. Même si, évidemment, la violence est le plus souvent suggérée et non directement dépeinte. Tandis qu’il n’est jamais question pour le cinéaste de sombrer dans le manichéisme ou l’angélisme quand il s’agit de décrire les Khmers rouges et leurs victimes.

Si Funan sonne si juste, c’est que le jeune réalisateur, formé à Paris à l’école des Gobelins, est parti des récits qu’il a entendus, dès son enfance, dans la bouche de sa mère, qui a inspiré le personnage principal de son film, cette jeune femme qui se bat pour survivre à l’enfer et retrouver son fils.

Après L’Image manquante de Rithy Panh en 2013 (cf. ci-contre), voici une deuxième évocation qui use d’une esthétique enfantine pour décrire le fonctionnement de l’un des régimes politiques les plus durs du XXe siècle qui, entre 1975 à 1979, fit entre 1,7 et 2 millions de morts et 500 000 exilés… Et sans doute l’animation, grâce à la distance qu’elle apporte, permet d’affronter avec une plus grande force l’horreur absolue vécue par le peuple cambodgien.

Tirant son titre du nom de l’ancien royaume du Delta du Mékong ayant précédé l’empire Khmer, Funan est un film essentiel pour comprendre l’horreur, en même temps qu’un cri d’amour d’un jeune cinéaste français au pays de ses origines. Malgré la douleur, son film est en effet d’une grande beauté, notamment dans la restitution des superbes paysages cambodgiens.

Funan Animation De Denis Do Scénario Denis Do&Magali Pouzol Musique Thibault Agyeman&Cecilia Pietrzko Avec les voix de Bérénice Bejo, Louis Garrel… Durée 1 h 24.

© IPM