Quand Ang Lee sert la soupe à la star américaine Will Smith dans une production Bruckheimer.

Quelle tristesse ! Garçon d’honneur, Salé sucré, Raison et sentiments, Ice Storm, Tigre et Dragon, Brokeback Mountain et même le dernier Un jour dans la vie de Billy Lynn - passé inaperçu mais pourtant formidable - : Ang Lee nous a donné quelques-unes de nos plus belles émotions de cinéma, des films dont Alzheimer est le seul ennemi.

Alors ce Gemini Man, ça fait mal. Pensez donc, Ang Lee dans une production Bruckheimer, celui de Top Gun et Pirates des Caraïbes, Ang Lee réalisant un blockbuster en suivant la recette de la maison : scénario de série B, star hollywoodienne, adrénaline, buddy movie, fille tapisserie, longues scènes d’action, festival pyrotechnique final.


Le pitch. Henry est le meilleur des snipers. La preuve est apportée dès la première séquence qui voit notre tireur d’élite atteindre, en pleine tête, une cible située à 2 km et en mouvement à 300 km/h. En effet, l’individu était dans un TGV parti de Liège. Oui, de Liège, mondialement célèbre pour sa gare Calatrava et ses magouilles Publifin, PS-MR.

Henry veut prendre sa retraite car sa conscience s’est réveillée après ce 72e macchabée. Son employeur veut-il économiser sur les frais de la retraite ? Il a chargé son remplaçant de le liquider. Déjà, Henry ne pouvait plus se regarder dans le miroir, voilà que son ennemi lui ressemble comme un fils qu’il n’a jamais eu. Vertigineux ? Non, con-con. Les situations et les dialogues produisent un humour involontaire pulvérisant toute tentative de réflexion sur le clonage impliquant des neurones.

Est-ce l’échec de Billy Lynn qui a contraint Ang Lee d’accepter cette patate chaude que se refilaient ses collègues réalisateurs depuis vingt ans ? Possible.

Deux défis technologiques

Mais, il y a autre chose. Ang Lee aime les défis technologiques. Vous vous souvenez des duels défiant la gravité de Tigre et Dragon ou du tigre et des autres animaux dans la barque de L’Odyssée de Pi? Gemini Man contient deux défis technologiques. Le réalisateur d’origine taïwanaise a déjà touché au premier dans Billy Lynn, tourné à 120 images par seconde en résolution 4K et en 3D. L’effet de relief est immersif mais parfaitement inutile dans un drame intimiste. Il en va tout autrement dans un blockbuster dont on attend des images spectaculaires. Toutefois, trop de technologie tue la technologie, l’image est tellement riche qu’elle en paraît fausse, proche de celle du jeu vidéo. De plus la 3D à 120 images/s ne tolère pas bien la profondeur de champ. C’est peu dire que le résultat est décevant, quand il n’est pas flou.

Le deuxième défi technologique, c’est l’affrontement entre le Will Smith de 50 ans, en chair et en os et le Will Smith, de 23 ans, en gigabits et en pixels. Techniquement bluffant, cet exploit au cœur d’une telle nazerie ne produit rien dramatiquement, si ce n’est une intense autosatisfaction chez Will Smith dont on a pu observer le narcissisme tout au long de la carrière.

Gemini Man Blockbuster De Ang Lee Production Jerry Bruckheimer Avec Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen Durée 1h57.

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