Dernier petit guest de fin de festival, George Lucas a fait une apparition-éclair, vendredi soir, au Cinéma de la Plage. Celui-ci est un espace en plein air, ouvert au public, où sont projetés chaque soir des classiques ou des avant-premières. Le réalisateur de "Star Wars" y est venu sous sa casquette de producteur pour présenter "Red Tails", un film de guerre (très classique) centré sur l'escadrille Tuskegee, la première escadrille composée de pilotes noirs durant la Seconde Guerre mondiale. Lucas a rappelé qu'il était venu pour la première fois au Festival de Cannes en 1969. Son premier long métrage "THX 1138", avait été présenté à la première Quinzaine des Réalisateurs.

BHL face à l'Histoire

Bernard-Henri Lévy était lui aussi, vendredi, à Cannes, où il a présenté en séance spéciale son film "Le serment de Tobrouk", un documentaire à la première personne retraçant son "ingérence réussie" en Libye qui, a-t-il précisé lors de la projection publique, peut constituer une "grille de lecture" pour la situation actuelle de la Syrie. Le philosophe franc-tireur était d'ailleurs accompagné, outre plusieurs responsables du nouveau pouvoir libyen, de deux anonymes drapés dans le drapeau des révolutionnaires syriens, présentés comme des résistants syriens sortis clandestinement du pays pour venir à Cannes. Bernard-Henri Lévy ne s'est jamais remis de l'échec des ses précédentes tentatives de mobiliser son pays, la France, et la communauté internationale, lors du conflit en Bosnie (il qualifie Misrata de "Sarajevo libyen") ou pour soutenir le commandant Massoud en Afghanistan. Avec la Libye, BHL a enfin pu inverser le cours de l'Histoire.

Très égotique, ce documentaire est tout entier centré sur son geste. On n'a pas souvenir d'un précédent où les interlocuteurs du réalisateur d'un film sont sollicités pour parler des hauts faits de ce dernier (Nicolas Sarkozy, David Cameron et Hillary Clinton inclus). L'auteur a au moins le mérite de ne pas cacher ses modèles, évoquant combien il avait vibré, enfant, au récit des combats des soldats de la France Libre, qui a précisément commencé sur ce sol libyen. Porté par les événements, BHL se fait diplomate franc-tireur, mais s'improvise aussi stratège, ouvrant un "second front", organisant "une voie sacrée" pour la fourniture d'armes... L'auteur-sujet n'oublie jamais qu'il est filmé : chemise blanche impeccable et costume noir en toutes circonstances, même en première ligne, quitte à les passer au-dessus d'un gilet par balles (protection normale, mais qui rend la coquetterie un peu ridicule). Son texte, qu'il lit lui-même, d'une voix hachée, vibrante mais monocorde, prend plus d'une fois des accents gaulliens ("Benghazi, souillée, éventrée, mais nettoyée de ses assaillants et libérée !") – ainsi que certains de ses discours prononcés devant ses amis libyens. Ce noble combat en faveur de la liberté des libyens cite beaucoup sa personne et la France ("Le serment de Tobrouk" du titre renvoie au serment de Coufra, prononcé par Leclercq et ses hommes jurant de ne s'arrêter qu'une fois toute la France libérée). De ses interlocuteurs, de ses "amis" libyens, rien n'est dit sur leur passé, leur histoire, leurs combats pendant les quarante ans de dictateur de Kadhafi. Seuls les siens sont rappelés. De l'histoire du peuple libyen, guère plus, sauf à l'aune de la présence de la France (coloniale) naguère. Et dans ce film placé sous le sceau des droits de l'homme, on ne voit pas beaucoup de femmes...

Le palmarès de la 44e Quinzaine des Réalisateurs

La Quinzaine des Réalisateurs est une section parallèle du Festival de Cannes, non compétitive, mais certains de ses partenaires attribuent des prix.

La CICAE, Confédération Internationale des Cinémas d’Art et d’Essai, décerne le Art Cinema Award, prix qui apporte une aide à la diffusion. Il est remis par un Jury international composé de programmateurs de cinémas indépendants. Le film primé est “No” de Pablo Larraín, qui retrace la campagne ayant précédé le référendum sur le maintien du général Pinochet au pouvoir au Chili.

Le prix Label Europa Cinemas (la Confédération Internationale des Cinémas d’Art et d’Essai décerne le Art Cinema Award, prix qui apporte une aide à la diffusion) a été attribué à "El taaib" ("Le Repenti") de Merzak Allouache, odyssée d'un jeune djihadiste algérien qui tente de revenir à la vie normale dans son village natal.

Le Prix SACD, qui récompense chaque année un des films francophones de la Quinzaine, a été décerné à "Camille redouble" de Noémie Lvovsky, qui y offre une variante sur un thème encore traité récemment au cinéma : une femme d'âge mûr, récemment divorcée, se retrouve soudain à l'âge où elle a rencontré son mari. Va-t-elle tenter de changer le cours de sa vie ?

Le prix du court métrage a été remis à Fyzal Boulifa pour son film "The Curse". Le jury a décerné un mention spéciale à "Os vivos tambem choram" ("Les Vivants pleurent ausi") de Basil da Cunha.