GI's en temps de paix

Cinéma

Jean-François Pluijgers

Publié le

GI's en temps de paix
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Une caserne de l'armée américaine en Allemagne, juste avant la chute du Mur. L'heure est au désoeuvrement, celui de soldats n'ayant que le temps à tuer. Car, comme le constate l'un d'eux, «si la guerre, c'est l'enfer; la paix, c'est chiant».

C'est dans ce contexte que «sévit» Ray Elwood (Joaquin Phoenix), secrétaire de bataillon pour le commandant Wallace Berman (Ed Harris). On parlera, en la circonstance, de couverture, le gaillard profitant surtout de l'indifférence de son supérieur pour organiser d'innombrables trafics, alimentant les lieux en marchandises et drogues diverses. Au point de bientôt s'ériger en seigneur du casernement, menant d'ailleurs grand (et fort peu militaire) train.

De quoi susciter diverses jalousies comme éveiller les soupçons de sa hiérarchie qui lui balance bientôt dans les pattes le Sergent Lee (Scott Glenn), expert en sécurité ne badinant point avec la discipline. Et d'autant plus décidé à casser Elwood que ce dernier ne trouve rien de mieux que s'acoquiner avec sa fille Robyn (Anna Paquin).

Entre les deux hommes débute un mano a mano féroce, combat où tous les coups sont permis - c'est que «rien n'est plus dangereux qu'un soldat américain en temps de paix!»

BRÛLOT ANTI-MILITARISTE

Présenté au festival de Toronto en 2001, «Buffalo Soldiers» aura donc pris la poussière deux ans durant avant de rejoindre les circuits classiques de distribution - on y verra la traduction de l'embarras de l'industrie cinématographique américaine à l'endroit d'un vibrant brûlot anti-militariste, fort peu dans l'air du temps façon Bush.

Si l'on regrettera quelques outrances et l'une ou l'autre incohérence scénaristique, «Buffalo Soldiers» n'en apparaît pas moins fort estimable, modèle d'irrévérence et satire joliment troussée. Un peu comme si les scénaristes de «M.A.S.H.» de Altman et de «De l'or pour les braves» de Brian G.Hutton avaient décidé de faire cause commune; il ne manque que Donald Sutherland pour que l'illusion soit complète...

Autant dire que, sous ses dehors hénaurmes, le film brocarde efficacement la machine militaire - en temps de paix comme en temps de guerre, d'ailleurs. Et s'avère d'autant plus méritant qu'il ose assumer son parti pris grinçant voire immoral jusqu'au bout. Chaudement recommandé.

© La Libre Belgique 2003

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