Cinéma Fatih Akin retrace le parcours d’un tueur en série de Hambourg.

Dès la première scène, Fatih Akin donne le ton. De façon frontale, il filme Fritz Honka, jeune homme au visage déformé par un bec-de-lièvre, peinant à se débarrasser du corps de la dame âgée qu’il vient de massacrer chez lui. Pas facile quand on habite dans les combles sans ascenseur… Dépité, Honka décide de démembrer le corps. Pour se donner du courage, il vide une demi-bouteille de schnaps. Et pour étouffer les bruits de découpe peu ragoûtants, il passe sur son mange-disque Es geht eine Träne auf Reisen, un tube d’Adamo…

On retrouve Fritz quatre ans plus tard parmi les habitués du Golden Glove, l’un des bars du quartier rouge de Hambourg, son terrain de chasse. Où les prostituées sont plus proches de vieilles SDF alcooliques que de ses fantasmes de jeunes blondes généreuses qu’il placarde aux murs de sa mansarde. Mais bon, quand on a la gueule de Fritz, on ne peut pas faire la fine bouche…


Farce grotesque et misanthrope

En 2004, Fatih Akin décrochait l’Ours d’or à la Berlinale avec Gegen Die Wand, un film dur, fort, décrivant la soif de liberté d’une jeune femme de la communauté turque. Trois ans plus tard, il émerveillait avec De l’autre côté, réfléchissant à la place de la Turquie en Europe. Qu’est-il donc arrivé à ce cinéaste subtil ? Film après film, Akin semble gâcher son talent de metteur en scène au profit d’un cinéma clinquant, tape-à-l’œil, faussement provocateur. Et, pour tout dire, indécent - on se souvient, par exemple, de son évocation déplacée du génocide arménien dans The Cut en 2014 ou de son film de vengeance limite, In the Fade en 2017. Le cinéaste allemand provoque à nouveau le malaise avec Golden Glove, film amoral et voyeuriste qui retrace le parcours meurtrier du tueur de femmes Fritz Honka dans le Hambourg des années 70.

Viol avec barbarie, meurtre avec torture, découpe de cadavres, entreposés dans une armoire (avec quantité de petits sapins sent-bon pour tenter d’en masquer l’odeur de décomposition)… Akin ne nous épargne rien dans cette farce outrancière, pour ne pas dire ordurière. Au générique de fin, le cinéaste se sent obligé de montrer des clichés du vrai Fritz Honka, de ses victimes, de son appartement. Et l’univers que l’on imagine, d’après ces photos, est suffisamment effarant pour qu’il n’y ait pas besoin d’en rajouter dans la saleté, la laideur, la puanteur, le grotesque et l’anthologie de vieux tubes allemands. Dans une direction artistique totalement outrancière.

Si l’on comprend que Fatih Akin n’ait aucune empathie pour Honka - campé par un Jonas Dassler méconnaissable sous le maquillage, la fausse bosse, la démarche claudicante -, il pourrait en faire montre envers ses victimes. Il n’en est rien. Tout n’est que mépris dans Golden Glove. Akin met en effet en scène une véritable cour des miracles, composée de personnages tous plus caricaturaux, stupides et alcooliques les uns que les autres. Une galerie de sous-hommes (et femmes) végétant dans la misère dans l’Allemagne de l’Ouest de l’après-guerre quasiment dignes, dans le portrait qui en est fait, de finir découpés par un tueur en série…


Golden Glove / Der Goldene Handschuh Farce criminelle De Fatih Akin Scénario Fatih Akın&Heinz Strunk Avec Jonas Dassle… Durée 1h55.