En août dernier, en ouverture de la 76e Mostra de Venise, la présence de J’accuse en Compétition avait créé la polémique. Lors de la projection de presse, Roman Polanski et son film reçurent pourtant un accueil triomphal. Et malgré des propos très durs tenus contre le cinéaste franco-polonais, la présidente du jury Lucrecia Martel décernait finalement le Grand Prix du jury à l’un des films les plus applaudis de la quinzaine vénitienne.

Figurant parmi les favoris des prochains European Film Awards, J’accuse sort ce mercredi dans un contexte analogue, alors que Polanski doit faire face à de nouvelles accusations de viol de la part de Valentine Monnier. Cette photographe française affirme avoir décidé de parler, plus de 40 ans après les faits, à cause du sujet de J’accuse, qui aborde l’erreur judiciaire.


À 86 ans, Polanski signe en effet une évocation inspirée de l’Affaire Dreyfus, et ce grâce à un point de vue passionnant. Partant du livre du Britannique Robert Harris (qui cosigne le scénario et avec qui Polanski avait déjà travaillé sur The Ghost Writer en 2010), le cinéaste met en lumière un personnage oublié de cette histoire : le colonel Marie-Georges Picquart (Jean Dujardin).

En 1894, au lendemain de la condamnation pour haute trahison de l’officier français de confession juive Alfred Dreyfus (Louis Garel), Picquart est nommé à la tête du Deuxième Bureau, les services secrets de l’armée française. Rapidement, il commence à douter de la culpabilité de Dreyfus, son ancien élève, qu’en "bon" Français antisémite, il avait pourtant participé à envoyer sur l’île du Diable… Soupçonnant son adjoint Hubert Henry (Grégory Gadebois) de lui cacher des pièces du dossier, Picquart mène sa propre enquête et découvre que c’est en fait le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, et non Dreyfus, qui espionnait pour le compte de l’Allemagne. Estimant de son devoir de faire triompher la vérité et la justice, Picquart va se mettre à dos tout l’état-major de l’armée française…

Film d’espionnage historique

S’ouvrant comme un brillant film d’espionnage historique, J’accuse se fait thriller pour éclairer d’un jour nouveau une affaire qui a coupé en deux la France de la fin du XIXe siècle. Rentrant minutieusement dans le détail de l’affaire, Polanski montre à quel point toute l’armée s’est coalisée, non seulement pour faire d’un juif le coupable idéal d’un acte de trahison, mais surtout pour refuser de l’innocenter au risque de perdre la face. Un récit de persécution qui entre en résonance avec le cinéma et le vécu de Polanski. "C’est difficile de parler à sa place. Mais ce sentiment de persécution est assez simple à comprendre. Il suffit de voir sa vie…", confiait d’ailleurs à Venise son épouse, l’actrice Emmanuelle Seigner, qui campe la maîtresse de Picquart.

Malheureusement, s’il est très efficace narrativement et palpitant sur le fond, rappelant combien rodent toujours le cancer de l’antisémitisme mais aussi le risque d’une justice arbitraire, le film ne parvient pas à maintenir la tension jusqu’au bout. Un peu rapidement, Polanski finit par se ranger du côté d’une reconstitution historique très convenue. Notamment à travers sa réalisation, qui a parfois tendance à confondre classicisme et esthétique poussiéreuse…

-> Découvrez un entretien avec Jean Dujardin dans les pages Culture de "La Libre" de ce jeudi 14 novembre ou déjà en ligne en cliquant ici.

J’accuse Thriller historique De Roman Polanski Scénario Roman Polanski & Robert Harris (d’après son roman D) Photographie Paweł Edelman Musique Alexandre Desplat Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Hervé Pierre, Melvil Poupaud, Mathieu Amalric… Durée 2h12.

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