© CINEART

Cinéma

Grosses bêtises et culottes courtes

F.Ds

Publié le - Mis à jour le

Racontez ce que vous voulez faire plus tard", écrit la maîtresse au tableau noir. Et c’est aussitôt la plongée des plumes dans les encriers. Sauf, le petit Nicolas qui ne sait pas.

Racontez comment c’était d’être un gamin dans les années 50. Alors là, il sait le petit Nicolas. Il en connaît des histoires pour évoquer cela avec ses amis Goscinny et Sempé.

Le petit Nicolas, c’est toute une époque, et Laurent Tirard - qui aime ses classiques; son film précédent, c’était "Molière" - a la lourde tâche de la recréer. Plus la reconstitution est soigneuse, scrupuleuse, et plus elle a tendance à naphtaliner la pellicule. Cette classe avec ses bancs en bois en plans inclinés, ces encriers en faïence, ces cartes en toile, tout semble sortir du musée. Tant qu’à donner dans le cliché, Laurent Tirard l’enfonce et croque les personnages comme on les imagine : Agnan le petit génie à lunettes, Alceste le fils du boucher qui se goinfre tout le temps, Clothaire le cancre du fond de la classe avec la tête dans les nuages. Le réalisateur souligne le trait pour mieux faire ressortir la fraîcheur et la naïveté de ses personnages.

Ainsi, à la suite d’un quiproquo, Nicolas est convaincu de l’arrivée imminente d’un petit frère à la maison. Selon ses camarades, les conséquences seront terribles : au mieux, c’est l’abandon, au pire, c’est la gorge tranchée dans la forêt. Que faire pour enrayer ce scénario catastrophe ? Ses fidèles copains ne vont pas manquer de le conseiller et de l’entraîner dans des aventures dont René Goscinny savait tirer tout le sel, et Jean-Jacques Sempé toute la saveur.

Le cinéma paraît bien démuni face à la légèreté, à la fraîcheur du modèle, mais plutôt que de le réinventer, de le sublimer comme Jaco Van Dormael aurait pu le faire, Tirard s’appuie sur la vivacité des enfants et la temporalité appuyée des décors pour livrer un film tout mignon, sans prétention.

Il prend tout de même une assurance tous risques (pour citer un autre personnage illustre de Goscinny) en engageant Kad Merad et Virginie Lemercier qui ont le côté déjà "vieux" des jeunes parents de l’époque. Valérie Lemercier apporte non seulement son savoir-faire comique - elle peut tout faire -, mais aussi rendre désopilante la poésie scandinave, tout en donnant à ce personnage secondaire une épaisseur inattendue, celle d’un joyeux désir d’émancipation qui envahit cette femme claquemurée dans sa cuisine. Ce point de vue ne se trouvait peut-être pas dans "Le petit Nicolas", pas même entre les lignes.

Soit une adaptation fidèle, mais pas trop sur la couture de la culotte courte, un film familial comme au bon vieux temps, quand l’an 2000 était encore lointain, quand on croyait que la Sabena, la CGER et la Belgique dureraient toujours.

Lire "Entretien" avec Valérie Lemercier en pages 44-45 de "La Libre Belgique" du 30 septembre.

A lire également

Facebook

Cover-PM

cover-ci