Hambourg - Istanbul
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Cinéma

Hambourg - Istanbul

Fernand Denis

Publié le - Mis à jour le

On n'a pas oublié "Gegen Die Wand", ce film coup-de-poing qui révéla à la planète cinéma un jeune metteur en scène allemand d'origine turque : Fatih Akin. On attendait avec impatience le deuxième, mais entre-temps, il a tourné un documentaire musical sur Istanbul, "Crossing the bridge".

Voici donc sa nouvelle fiction: "De l'autre côté". On y retrouve des individus cherchant leur équilibre entre deux cultures, allemande et turque en l'occurrence. Toutefois, en investissant une autre classe sociale, Akin change radicalement de forme. D'un film à fleur de peau, glauque, voire trash, on passe à une oeuvre beaucoup plus sophistiquée particulièrement dans sa construction très élaborée, complexe, mais d'une clarté qui appartient aux grands. Le scénario fut récompensé à Cannes.

Dans les deux sens

Le personnage central du récit est un jeune homme d'origine turque vivant à Hambourg, particulièrement lettré puisqu'il enseigne la littérature allemande à l'université. Son père, modeste émigré, vient d'avoir une idée assez singulière. Il a rencontré une prostituée turque dans l'exercice de ses fonctions et lui a offert de s'installer chez lui pour le même prix. Un soir, cette femme s'effondre de chagrin devant le jeune professeur : elle n'a plus aucune nouvelle de sa fille à laquelle elle expédie tout son argent, lui faisant croire qu'elle est vendeuse dans un magasin de chaussures. Quand la mère meurt à la suite d'un coup de colère du père, le jeune prof part pour Istanbul à la recherche de la fille.

On a déjà vu cela cent fois ? Pas vraiment, car l'histoire part alors dans l'autre sens. Pendant que ce jeune prof cherche la fille en Turquie, celle-ci se trouve en Allemagne où elle recherche sa mère. Dans les deux cas, les personnages sont passés de "l'autre côté" à la recherche d'un autre et d'eux-mêmes simultanément. Et ils ont d'autant plus de mal à trouver qu'ils se sentent tiraillés entre deux univers, deux cultures, deux regards, deux opinions. Est-ce se trahir que de changer d'opinion ? Si le questionnement est viscéral, jamais Fatih Akin ne le joue prise de tête.

Interconnexion

Palpitant à suivre, merveilleusement construit, le film, épousant les contours du mélodrame - coups du destin compris -, met en scène des personnages attachants et surtout des émotions en mouvement. Six individus se croisent, se frôlent, se ratent, mais quoi qu'ils fassent, leur destin est interconnecté et leurs décisions, leurs déplacements influeront sur la recherche personnelle de chacun. Tous trouveront quelque chose, pas forcément ce qu'ils cherchent, ce que le spectateur attendait. La grande force du film d'Akin, c'est qu'il met en scène des personnages de chair, déchirés par des émotions très fortes. C'est qu'il fait vibrer un authentique et poignant mélodrame. Mais, au second degré, on ne peut manquer d'y voir une représentation des sentiments, des relations, des tiraillements illustrant les rapports entre la Turquie et l'Europe. Cette symbolique, Akin la pousse jusqu'à la mythologie cinématographique, avec, côté allemand, le retour bouleversant de l'égérie de Fassbinder, Hanna Schygulla, et, côté turc, l'emploi de Tunzel Kurtiz, acteur fétiche de Yilmaz Güney, la seule Palme d'or turque. Fatih Akin n'est plus une révélation, mais une confirmation d'un grand talent qui ne connaît pas de frontières.

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