Un premier film tunisien sur l’après-Printemps arabe produit par les Dardenne.

L’avenir d’Hedi, commercial itinérant chez Peugeot de 25 ans, est tout tracé. Sa mère le marie à une jeune fille de Kairouan qu’il ne connaît qu’à peine, gentille et jolie comme tout… Mais est-ce vraiment ce dont il a envie ? Il y a cinq ans, en 2010 à Tunis, durant ces quelques jours de révolution, tout lui semblait pourtant possible… Cet été, délaissant son boulot inutile - dans un pays en crise, personne n’a d’argent pour acheter ses voitures… -, il préfère profiter en cachette de la plage. Où il tombe sous le charme d’une employée fantasque de son hôtel, une jeune femme plus âgée que lui qui danse pour des touristes allemands toujours moins nombreux après les attentats… Le voilà comme un adolescent face à son premier grand amour. Lequel lui donne des ailes. Au contact de Rim, Hedi se sent enfin respirer, aimer, vivre…

Pour son premier long métrage, Mohamed Ben Attia livre un film sensible sur la Tunisie d’après la révolution de Jasmin, seul pays du Maghreb où le Printemps arabe a su déboucher sur un vrai processus de transition démocratique. Mais pas question pour Attia de s’essayer à une analyse politique. Tout passe ici par le trajet singulier d’un jeune Tunisien qui s’interroge sur son avenir : doit-il rester dans le rang de la tradition ou prendre le risque de la liberté ?

Ce qui frappe dans cette histoire toute simple coproduite par les frères Dardenne, c’est la façon dont le jeune cinéaste parvient, en collant aux basques de ce personnage indécis, pas encore tout à fait adulte, à esquisser le portrait d’un pays en pleine crise existentielle. Hedi représente en effet les espoirs d’une jeunesse qui a goûté à la liberté en se débarrassant de Ben Ali, avant de déchanter. Malgré la nouvelle Constitution, frappée par le terrorisme islamiste, la Tunisie semble en effet avoir encore beaucoup de chemin à parcourir pour devenir la première vraie démocratie arabe…

C’est tout cela que nous conte Mohamed Ben Attia de façon très juste dans "Hedi", sans que rien ne soit jamais souligné, mais au contraire juste évoqué avec beaucoup de subtilité, au détour d’une scène ou d’un dialogue. En se calquant toujours sur les sentiments contrastés qui s’entrechoquent dans la tête de son héros, campé par l’excellent Majd Mastoura.


Le regard des Dardenne

Est-ce parce qu’il est produit par les frères Dardenne ? Mohamed Ben Attia ne lâche pas son héros d’une semelle, filmant son dos, sa nuque, comme les cinéastes belges regardaient Olivier Gourmet dans "Le Fils"… "Peut-être est-ce inconscient, s’amuse le jeune homme, mais ce n’était pas prémédité… C’est ma productrice qui les connaissait un peu. Elle les a contactés derrière mon dos. C’est mieux ainsi car j’aurais été trop intimidé. On leur a envoyé le scénario, qui leur a plu, et ils ont demandé à voir mon dernier court métrage. Et c’était parti. Ils ont été très présents, par Skype ou par mail. Ils étaient très curieux mais en même temps très délicats, très subtils dans leurs remarques. Ils posaient des questions pour m’aider à aller à l’essentiel, en élaguant tout ce qui était superflu. Après, sur le tournage, ils n’étaient plus disponibles car ils préparaient leur propre film."


© IPM
Scénario&réalisation : Mohamed Ben Attia. Photographie : Omnia Ben Ghali. Musique : Omar Aloulou. Avec Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita, Omnia Ben Ghali… 1 h 28.