Seul dans son parc, un bébé pleure. Occupé à quelques réparations à l’extérieur du vaisseau spatial, un homme, son papa ?, tente de le calmer par écrans interposés. Ça marche un moment mais le volume monte et il faut intervenir. Dans la précipitation, il lâche sa clef de 22 dans le vide intersidéral. Quand on sait que le Brico le plus proche est à sept années lumière. Il calme la gamine, Willow, véritable tabou de l’espace. Mais, comment est-elle arrivée là ?

En attendant de le savoir, il y a un gros problème d’énergie à résoudre, une grande décision à prendre, celle de vider le cryogénisateur qui consomme beaucoup trop. Notre homme enfile leur combinaison aux cinq corps entreposés et les balance dehors où ils flottent dans la nuit étoilée comme les bonhommes de pluie de Magritte. Comment sont-ils morts ceux-là ?

Dans une lenteur amortie, on entame un long flash-back où l’on comprend que l’engin est habité de criminels qui ont commué leur lourde condamnation en aller-simple vers un trou noir dont on espère pouvoir exploiter l’énergie. L’expédition est dirigée par une chercheuse, portée sur les expériences de reproduction.


La mécanique des fluides

Il s’en suit une version, disons contemplative, des Dix petits Nègres. Mais, ce n’est pas du Agatha Christie, c’est du Claire Denis dont les obsessions ne sont pas policières mais corporelles. Le sperme, les règles, le lait maternel, les saignements de nez, la transpiration, le vomi ; bref fluides et sécrétions captivent la cinéaste alors que les membres de la mission trouvent le temps long et ont du mal à résister à leurs pulsions.

Après Un beau soleil intérieur, Claire Denis sort de notre système solaire avec un film de science-fiction tourné en anglais avec Robert Pattinson.

On s’en doute un peu, sa référence n’est pas Valerian de Luc Besson, mais bien 2001 de Kubrick et la réponse de Tarkovski, Solaris. L’ambition est philosophique, voire métaphysique avec des moyens limités, pour ne pas dire cheap, réduits à quelques décors : un poste de contrôle, un sas, un jardin potager, un couloir, un dortoir et une sex-room.

Si on veut échapper au sentiment d’un film qui fonce dans le vide, il est recommandé de se prendre la tête. En la pressant bien fort, on peut voir apparaître des sujets passionnants comme la filiation assistée, les manipulations génético-sentimentales, le recyclage des exclus de la société, les délires scientifiques ou encore la fin de l’humanité. On peut aussi s’interroger sur la nature des images présentes dans la tête d’une gamine qui n’a connu que l’espace. L’œuvre est visionnaire nous dit-on, ne serait-elle pas plutôt nébuleuse ?

High Life Science-Fiction De Claire Denis Scénario Claire Denis, Jean-Pol Fargeau Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche Durée 1h 53.

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