Une coproduction internationale entre l'Inde, l'Australie et les Etats-Unis qui propose une recension dérangeante des attentats islamistes de Bombay. Malheureusement cruellement dans l'actualité au lendemain des attentats suicides au Sri Lanka...


Le 26 novembre 2008, durant trois jours, dix terroristes musulmans prennent d’assaut Bombay, faisant au moins 174 morts (dont 9 assaillants) et des centaines de blessés. Leurs cibles? La principale gare de la capitale économique de l’Inde, un hôpital mais aussi des restaurants et hôtels touristiques, dont l’emblématique Taj Mahal Palace, qui est assiégé durant de longues heures par une poignée de terroristes armés de Kalashnikovs et de grenades, qui éliminent méthodiquement, chambre par chambre, tous ses clients.


Cet attentat spectaculaire, qui rappelle cruellement ceux perpétrés au Sri Lanka le jour de Pâques, avait été retracé des l’année suivante dans le documentaire Surviving Mumbai, dont s’inspire ce film Hôtel Mumbai, mais aussi la coproduction franco-belge restée inédite chez nous Taj Mahal de Nicolas Saada en 2015. Ne bénéficiant que de peu de moyens, le cinéaste français tournait le dos à une grande reconstitution pour se concentrer sur le point de vue d’une jeune Française coincée dans sa chambre. Il livrait un thriller intense, quasiment un film d’horreur. C’est tout l’inverse pour l’Australien Antony Maras... Révélé en 2012 avec son court métrage Palace, multiprimé après un parcours dans des dizaines de festivals, le cinéaste s’est directement cru dans la cour des grands. Et signe ici la grosse production (australo-indo-américaine) totalement attendue. Tellement attendue et bourrée de tous les clichés du genre qu’on a du mal à pouvoir qualifier ce film de thriller.

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Mais surtout, Hotel Mumbai, qui prend place dans un palace qui symbolise à lui seul toutes les inégalités qui rongent la société indienne et qui se concentre quasi uniquement sur ses richissimes clients occidentaux, dérange par son approche des événements, totalement manichéenne, sans finesse aucune. On a d’un côté les méchants musulmans décérébrés (télécommandés par téléphone depuis le Pakistan par les cerveaux des attentats) et, de l’autres, les gentils clients de l'hôtel. Au milieu, les braves Indiens (membres du personnel ou flics) ne sont que de simples faire-valoir pour les héros, tous Occidentaux ou assimilés (à l’image de la belle musulmane non voilée et mariée à un Américains, campée par l’Iranienne Nazanin Boniadi). A l’exception du personnage de Dev Patel, jeune acteur britannique d'origine indienne révélé dans Slumdog Millionaire de Danny Boyle. Le sentiment de décalage culturel est tellement indécent qu’on sort sali de ce film d'exploitation totalement indigne de la gravité de son sujet.

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Hotel Mumbai Thriller d’exploitation De Anthony Maras Scénario John Collee & Anthony Maras Avec Dev Patel, Nazanin Boniadi, Armie Hammer, Jason Isaacs... Durée 2h05.

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