Séoul, été 1994. La Coupe du Monde de football bat son plein aux États-Unis, où la Corée du Sud rencontre l’Espagne en match ouverture. À 14 ans, Eunhee (Park Ji-hoo) vit dans un petit appartement d’un immeuble anonyme avec ses parents, sa grande sœur, mais aussi son grand frère, qui n’hésite pas à lever la main sur elle.

Jeune fille sérieuse, Eunhee n’hésite pas à donner un coup de main à la boulangerie familiale et passe le reste de son temps libre avec son petit copain et avec sa meilleure amie, avec qui elle suit des cours de chinois. Leur prof habituel vient d’être remplacé par Mlle Young-ji (Kim Sae-byuk), jeune femme indépendante, moderne, qui n’hésite pas à fumer en public, au plus grand étonnement de ses deux élèves. Rapidement, Mlle Young-ji devient une source d’inspiration pour cette jeune fille mal dans sa peau, qui rêve d’échapper à sa famille et au destin tout tracé qui semble lui être réservé.

Primé à la Berlinale

Grand Prix de la compétition Génération 14 + (consacrée aux films traitant de l’adolescence) à la Berlinale en 2019, House of Hummingbird est le second long métrage, très personnel, de Kim Bora. La jeune cinéaste coréenne s’est en effet inspirée de ses propres souvenirs d’adolescente, mais aussi des dessins qu’elle faisait à l’époque - comme sa jeune héroïne, qui rêve de devenir dessinatrice de bande dessinée -, pour imaginer ce personnage de jeune fille fragile aspirant à grandir en s’affranchissant des impositions d’une société coréenne encore très rétrograde.

Féministe revendiquée, la réalisatrice insiste beaucoup sur l’importance de l’éducation, mais aussi sur la difficulté pour une jeune fille d’accéder à de véritables études, les familles modestes préférant privilégier celles des garçons… Et place, en guise de figure de Pygmalion, une jeune professeure indépendante en rupture ouverte avec la société coréenne traditionnelle.

L’évolution de la Corée

Mais House of Hummingbird ne se résume pas à un simple film d’apprentissage, par ailleurs très réussi. Porté par un rythme langoureux, en écho à ces longues journées d’été qui marquent l’adolescence, une narration subtile, le film met également en scène, en écho au passage à l’âge adulte de la jeune Eunhee, la modernisation rapide de la Corée au début des années 1990, en s’intéressant notamment aux bouleversements urbanistiques de Séoul, marquée notamment par une rapide gentrification de certains quartiers du centre-ville. Tandis qu’au cœur même de son intrigue, Kim Bora utilise très intelligemment un fait divers réel qui a profondément marqué la capitale coréenne cette année-là.

Autant de niveaux de lecture qui apportent une grande complexité à un film subtil, qui, en partant des souvenirs très personnels de sa réalisatrice et en étant ancré dans un contexte géographique et historique très précis, parvient à toucher à l’universalité du ressenti de tout adolescent durant cette période charnière de la vie…

House of Hummingbird Chronique adolescente Scénario&réalisation Kim Bora Photographie Kang Gook-hyun Musique Matija Strniša Montage Zoe Sua Cho Avec Park Ji-hoo, Kim Sae-byuk, Jung In-gi, Lee Seung-yeon… Durée 2h18.

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