Cinéma

Voici deux ans, Ken Loach, 79 ans, annonçait que « Jimmy's Hall » serait son dernier film. Pourquoi a-t-il changé d'avis ? Pas besoin de lui demander, « I Daniel Blake » est une réponse évidente. Désespérément évidente. Son nouveau long métrage expose la situation sociale en Angleterre. Elle s’est encore dégradée depuis qu'il menait le mouvement des "jeunes hommes en colère" dans les années 60, qu'il tournait « Cathy come Home » pour la BBC.

Tout a empiré, et notamment les services sociaux qui suscitaient déjà son courroux dans « Ladybird, Ladybird ». Ici, c'est le Forem britannique qui est dans sa ligne de mire. Daniel Blake est un charpentier qui se remet lentement d'un infar. Son généraliste, son cardiologue estiment qu'il ne peut reprendre le boulot. Ce n'est pas l'avis du médecin du travail qui ne l'a pas ausculté mais a évalué son formulaire à 12 points, alors qu'il en faut 15 pour obtenir les indemnités. Résultat, le temps que son appel soit examiné – mais aucune limite n'est fixée, pas même la Saint-Glinglin -, il doit chercher du boulot et ne pas l'accepter car c'est déconseillé par sa santé.

Ken Loach met en scène, le parcours du combattant, d'un vieux combattant de plus de 60 ans, d'un combattant solitaire car la solidarité ouvrière fait partie de l'histoire ancienne. Cela ne veut pas dire chacun pour soi. On peut recevoir un coup de main du voisin ou aider ceux qui sont dans une mouise encore plus noire. Comme Katie et ses deux enfants. Pour eux, Daniel se transforme en homme à tout faire, même grand-père. Jusqu'au moment où sa propre situation devient pire que la leur.

Dans « La part des anges » par exemple, Ken Loach avait encore le cœur à rire. Cette fois, toute respiration comique est étouffée face à l'exposé minutieux de la procédure – impersonnelle avec le recours massif à internet - destinée à décourager les plus faibles à réclamer leur dû, à faire valoir leur droit. Et les humilier au passage

Toute l'humanité de Dave Johns, l'interprète de Daniel Blake et la dignité de Hayley Squires qui incarne Katie ne parviennent pas toujours à dissimuler les ficelles d'un scénario qui pilonne une institution ayant perdu sa raison d'être pour se préoccuper de polir des statistiques. Ken Loach donnent de la chair aux chiffres tout en regardant les spectateurs dans les yeux.