Un improbable biopic d’une star de la musique chrétienne américaine, mais un vrai film de propagande évangélique qui trouve un écho inattendu sur les écrans américains et belges.

En ce jour de réouverture des cinémas, les cinéphiles semblent avoir entendu leurs suppliques exaucées ils peuvent: ils peuvent enfin revoir des films sur grand écran! Mais si c’est pour voir I Still Bielieve, mieux vaut sans doute rester confiné chez soi… Hormis le fait qu’il faille remplir les salles à tous prix, on ne comprend d’ailleurs pas ce que vient faire à l’affiche en Belgique cette production conçue pour un marché de niche aux États-Unis, celui du cinéma évangéliste. Lequel trouve, avec ce film sur mesures pour le public adolescent, une caisse de résonance inédite. I Still Bielieve a en effet été distribué aux États-Unis par le studio Lionsgate! Même si, sorti au moment du confinement, le film a quitté les salles nord-américaines précipitamment, encaissant 10 millions de dollars de recettes, pour un budget de 13 millions.

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Les frangins évangélistes

Ce biopic de Jeremy Camp — star de la musique chrétienne qui, malgré avoir perdu sa jeune épouse d’un cancer, a gardé la foi (et écrit le « tube » qui donne son titre au film) —, on le doit à Andrew et Jon Erwin. Fils d’un sénateur républicain de l’Alabama, les frangins se sont fait connaître grâce à un documentaire sur la croix d’acier (faite de deux morceaux de poutre) retrouvée dans les décombres du World Trade Center et depuis consacrée par un prêtre. En 2011, ils enchaînaient avec October Baby en 2011, un premier long métrage ouvertement Pro Life dénonçant l’avortement. Avant de se tourner vers un cinéma, tout aussi militant, mais moins polémique.

Après I Can Only Imagine en 2018, déjà consacré à un groupe de musique chrétienne, les fondateurs de la boîte de production Kingdom Studios (rien que ça!) retrouvent le même univers avec I Still Believe, romance à l’eau bénite inspirée de la jeunesse de Jeremy Camp.

Campé par le jeune acteur néo-zélandais K.J. Apa (découvert en 2017 dans le déjà bien gratiné Mes vies de chiens de Lasse Halström), le jeune homme débarque de son Indiana natal dans une université chrétienne de Californie où, littéralement le premier soir, il tombe fou amoureux de la douce et tout aussi pieuse que lui Melissa (Britt Robertson, révélée aux côtés de George Clooney dans Tomorrowland , blockbuster de Brad Bird pour Disney). Avec l’aide de Jean-Luc La Joie (sic), star du rock chrétien, Jeremy va se lancer dans une carrière de chanteur à coup de balades sirupeuses adressées à Dieu et/ou à sa belle — c’est bien là toute l’ambiguïté depuis le Cantique des cantiques. Une belle à qui l’on diagnostique malheureusement un grave cancer (même si elle n'en laisse rien paraître sur son beau visage, toujours parfaitement maquillé et aux traits détendus)…

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Manque absolu de grâce et de mystère

Mélodrame dégoulinant et interminable (près de deux heures!), I Still Believe ne se contente pas d’accumuler les clichés les plus éculés du romantisme hollywoodien, il leur rajoute une épuisante dimension de propagande évangéliste. On pourrait d’ailleurs croire à une parodie si le propos n’était pas à ce point premier degré. Ça dégouline tellement de sucre qu’on est proche de la crise de foi, le thème prétendument abordé par cette niaiserie. On a pourtant rarement vu un film sur l’amour de Dieu et sur la foi aussi désespérément exempt de mystère et de grâce...

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I Still Believe / J’y crois encore Mélo chrétien De Andrew & Jon Erwin Scénario Jon Erwin et Jon Gunn (d’après les mémoires de Jeremy Camp et Melissa Lynn Henning-Camp) Musique John Debney Avec K.J. Apa, Britt Robertson, Gary Sinise, Shania Twain... Durée 1h55

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