Cinéma

Avec le recul, "Rogue One" apparaît quelque peu anachronique dans la chronologie interne de la saga "Star Wars". Situé juste avant la trilogie fondatrice (les épisodes IV à VI), le film rompt avec les canons raciaux et genrés de celle-ci, essentiellement constituée de héros blancs et masculins - toute mythique qu’elle soit, la princesse Leia n’en était pas moins un personnage secondaire aux côtés de Luke Skywalker et de Han Solo.

Idéologie américaine

Le sous-texte de la première trilogie imposait même une idéologie typiquement américaine : le blond Luke, jeune fermier du commun (comme son acteur, Mark Hamill, débutant inconnu), sauvait la galaxie du fascisme de l’Empire, inféodé à un ordre aristocratique féodal (l’Empereur et ses séides Sith) et prenait la succession de l’ordre ancien des Jedi (incarné dans le premier épisode par un acteur britannique racé, Alec Guiness). Exactement comme les Etats-Unis remplacèrent le Royaume-Uni au lendemain de la Seconde Guerre mondiale comme première puissance mondiale, perpétuant un ordre mondial blanc et capitaliste.

Des rebelles progressistes

Les rebelles qui dérobent les plans de l’Etoile de la Mort dans "Rogue One" sont donc autrement plus progressistes que ceux qui la détruiront tout de suite après. Outre les personnages principaux diversifiés du film, on voit parmi les généraux de l’Alliance rebelle une femme noire et un officier asiatique, tandis qu’on trouve des femmes parmi les pilotes qui mènent l’attaque finale.

Quelques milliers de "parsecs" plus tard, dans l’épisode IV "A New Hope", l’Alliance sera exclusivement blanche et majoritairement masculine. Un peu comme si un général Trump était passé par là pour réinstaurer une autre vision du monde et rebâtir des murs entre les communautés de l’Alliance…