ENTRETIEN

à DEAUVILLE

Mini. De la taille des talons à la profondeur du décolleté, en passant par la longueur des jambes et de la quantité d'air déplacé; rien, absolument rien, n'évoque chez elle le qualificatif de «mini». Comme les lions devant la Bourse, les dragons devant un palais chinois, deux Minis - une rouge, une bleue - vedettes de «The Italian Job» veillent, à l'entrée de l'hôtel Royal à Deauville, sur Charlize Theron qui y fait une entrée de star. Impressionnante, Charlize le sait, elle connaît ses atouts et en joue pour s'amuser ou pour convaincre. Impressionnante, elle l'est aussi par son parcours, en quelques années, cinq à peine, elle s'est fait un nom et une réputation enviable à Hollywood maniant le bon film commercial - comme «The Italian Job» - et les films d'auteur, style «The Yards», selon une stratégie bien planifiée. Impressionnante par son aplomb, elle peut faire la couverture d'un magazine mais aussi l'éditorial; Charlize Theron est une grande actrice - on ne parle pas de son mètre quatre-vingts - mais aussi une productrice qui sait où elle veut aller et avec une volonté aussi dure que son regard.

Avez-vous eu autant de plaisir à faire le film que le public en prend à le regarder?

Tout à fait. Je sais que cela fait partie du discours promotionnel classique - «Oh, mes partenaires étaient des acteurs exceptionnels et l'ambiance sur le plateau était formidable» - mais dans ce cas, c'était vrai. Vraiment, on s'est bien amusé, car on a fait notre boulot sérieusement sans se prendre au sérieux. J'aime bien conduire aussi, je le fais depuis très longtemps, je me sens très à l'aise au volant. Quand je suis arrivée à Los Angeles, je me suis rendue compte qu'on ne savait rien faire sans voiture. Je n'ai pas eu le choix, j'ai investi ce qui me restait d'argent dans une petite Honda. Il me restait 40 dollars en sortant du garage.

N'était-ce pas un peu étrange de retrouver Mark Wahlberg dans un rapport totalement différent de celui que vous aviez dans «The Yards»?

Non justement, c'était cela qui était marrant, c'était même notre sujet de plaisanteries préféré, car il nous arrivait, pour le fun, de jouer certaines scènes à la manière de «The Yards». - et d'en fournir aussitôt la démonstration en adoptant le ton tragique, lourd de sens, qui pesait sur le film de James Gray. «Do you see my brother» (rires)

Votre filmographie semble répondre à une stratégie bien définie.

J'essaye de ne pas me répéter. J'évite à tout prix d'être juste la fille. Etre une jolie fille peut vous conduire jusqu'à l'écran, mais si on veut rester, il faut prouver qu'on sait jouer et choisir ses rôles en conséquence. Il est évident que j'ai obtenu mon premier rôle (2 days in the valley) sur mon physique. Et ce n'était pas si facile, j'ai passé beaucoup d'auditions car d'autres actrices établies le voulaient. Quand le film est sorti, j'ai reçu beaucoup de propositions pour répéter ce rôle. Je les ai refusées car si je les avais acceptées, je ne serais plus là pour vous parler. Je ne suis pas fière de tout ce qu'on trouve dans ma filmographie mais j'ai fait tous ces films pour de bonnes raisons. Et c'est en se trompant, qu'on progresse.

Pour quelle raison avez-vous accepté «Monster» où vous incarnez la première femme serial killer, d'après un fait divers authentique?

J'ai trouvé le script très intéressant et le rôle était un véritable challenge. En fait, le projet «Monster» est arrivé jusqu'à moi par l'intermédiaire de ma société de production qui travaille depuis quatre ans maintenant. A ce moment, il n'y avait pas de producteur et c'était vraiment le genre de projet qui m'intéressait alors je me suis dit: «Pourquoi pas moi?».

Cela ne vous interdit pas de jouer le grand jeu de la femme fatale dans «La malédiction de Scorpion de Jade», de Woody Allen.

Oui, mais avec une certaine distance. C'était un hommage à Veronica Lake. Et ce qui étonnant avec Woody Allen c'est qu'il m'a laissé faire. En fait, j'ai fait un essai avec la perruque que je portais dans «The Legend of Bagger Vance», de Robert Redford. Woody Allen m'a dit: «Ca me fait penser à Veronica Lake», que j'aime beaucoup car elle n'était pas une star de cinéma mais elle se comportait comme si elle en était une. Ce qui est finalement assez triste.

Pensez-vous que ce soit plus facile, aujourd'hui, pour les femmes à Hollywood?

Je crois que les choses changent. Si on observe les meilleurs projets, ils sont pour la plupart conduits par des personnages féminins. Regardez les films retenus aux oscars, c'est évident. Et Nicole Kidman a encouragé les scénaristes à poursuivre dans cette voie.

C'est un signe des temps?

Non, je pense qu'il y a pour le moment un paquet de bonnes actrices, qui sont prêtes à relever des défis, qui ont envie de se risquer dans des oeuvres originales.

Votre rêve s'est-il réalisé?

Non, mon rêve était de devenir danseuse, un accident au genou à l'âge 18 y a mis fin brutalement. Jouer la comédie est un accident en quelque sorte. Mais c'est important d'avoir des rêves, c'est le moyen de rester en contact avec son âme d'enfant, avec son imagination quand elle tournait à plein rendement. Quand on grandit, on devient plus cynique, et je lutte contre cela. Vous attendez sans doute que je vous dise que mon rêve serait d'avoir un oscar. Quiconque travaille dans ce métier rêve d'en décrocher un, mais je ne fais pas mes choix en fonction de cela, car on risque d'être déçu, et puis on perd sa route, ses envies, son instinct. Je serais très honorée de le recevoir mais ce n'est pas mon rêve. Mon rêve c'est manger de belles tomates de mon jardin et je fais tout pour qu'il se réalise. Regardez comme j'ai les doigts verts!

© La Libre Belgique 2003