Cécilia cherche à tâtons, dans le silence de la nuit, son bagage mince. Dans l’immense villa brutaliste du bord de mer, elle laisse le chien, son compagnon, mais emporte, malgré elle, un traumatisme. Adrian lui disait quoi manger, quoi dire, quoi mettre, quoi penser… Réfugiée chez un ami, elle respire un peu quand elle apprend le suicide de son tortionnaire, chercheur en optique. Malgré tout, Adrian la hante encore, au propre comme au figuré.

On l’a échappé belle ! Universal a abandonné le projet d’univers partagé (style Marvel ou DC) suite à la sortie moisie de La Momie (2017). Exit une saga avec Frankenstein, Dracula… et l’Homme invisible (à l’origine Johnny Depp). Place à des films en solo.


Produit par Jason Blum (Paranormal Activity, Whiplash, Get Out, Action ou Vérité…) et réalisé par Leigh Whannell (Saw, Saw II, Saw III…), on pouvait s’attendre au pire comme, en l’occurrence, au meilleur. De la comédie à l’horreur, en passant par le porno, de héros à anti-héros, le cinéma avait déjà mis L’Homme invisible de H.G. Wells à toutes les sauces. Fallait-il donc en rajouter une louche ? Ben oui, à l’heure où la parole se libère, où l’on dévoile ce qui était caché, ici on donne le beau rôle, celui de protagoniste, à la victime. Cet Homme, invisible, incarne ces douleurs criantes que nul ne veut entendre, que nul ne peut entendre. Sa proie, c’est elle que l’on ne quitte pas des yeux, dont la sueur glacée perle sur grand écran. Elisabeth Moss, castée à nouveau dans le rôle de la victime de la domination masculine (Mad Men, The Handmaid’s Tale…), porte le film sur ses épaules froissées de soupirs, ébranlées de sanglots, secouées d’hystérie.

En contrechamp de son regard perdu, on glisse d’un panoramique sur le vide des pièces remplies de ses peurs, jusqu’à ce qu’elles se matérialisent dans les sévices de l’Homme invisible. Le thriller psychologie s’efface au profit de l’horreur.

Malgré l’idée de mettre la victime au centre d’un film post-#MeToo, l’interprétation habitée d’Elisabeth Moss et une réalisation économique et fluide, le film pèche par l’évidence des rebondissements. Un comble pour l’Homme invisible.

Invisible Man Thriller De Leigh Whannell Scénario Leigh Whannell Avec Elisabeth Moss, Harriet Dyer, Aldis Hodge… Durée 2h05.

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