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Cinéma

Israël, je t’aime... moi non plus

H. H.

Publié le - Mis à jour le

Cela fait un petit temps que l’on n’avait plus entendu parler d’Amos Kollek, découvert, à la fin des années 1990, avec le portrait d’une série de New-Yorkaises : "Sue", "Angela", "Fast Food Fast Women" Discret depuis l’échec de "Nowhere to Go But up" en 2003, le cinéaste israélien revient avec "Restless" (coproduit avec les Belges d’Entre chiens et loups), où il se fait sans doute plus personnel que jamais, détournant les yeux des femmes pour pratiquer une forme d’introspection.

Difficile de ne pas voir dans le personnage principal de "Restless" un alter ego. Moshe vit seul à New York. Il n’est pas cinéaste - poète -, mais le regard qu’il porte sur son exil ne semble pas si éloigné de celui de Kollek. Moshe a, en effet, quitté Israël, car il ne pouvait accepter la politique de son gouvernement. Ce faisant, il a abandonné sa femme et son fils. Il a aussi abandonné son pays, son peuple. Ces sentiments ambivalents, le poète les exprime lors de lectures arrosées dans les bars de Manhattan.

Tout bascule lorsque débarque dans sa vie Tzach, ce fils qu’il n’a pas vu depuis 20 ans. Un fils à l’opposé de lui puisqu’il est sniper dans l’armée israélienne, comme on le découvre dans une scène d’introduction très dure qui surprend de la part de Kollek. En fait, c’est l’ensemble du film qui surprend. Si l’on reconnaît les rues et l’ambiance new-yorkaises, il tourne aussi dans la Vallée du Jourdain. Le retour d’Israël dans la vie de Moshe correspond, en effet, au retour d’Israël dans le cinéma de Kollek. A cheval entre Etats-Unis et Proche-Orient, l’Israélien évoque d’une voix douce-amère son propre déracinement, sa propre culpabilité, sa propre trahison. Avec sensibilité, crudité et violence, il met à nu ses propres blessures, esquissant sa relation avec son père (Teddy Kollek, qui fut longtemps maire de Jérusalem) et avec un pays qu’il aime profondément mais de façon complexe. Bouleversant.

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