"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

"Être sans-papiers, c’est comme être à un arrêt de bus. Tu attends dans un lieu peu confortable, tu n’as pas le droit de bouger, tu ne sais pas quand ton bus arrivera, ni même s’il arrivera." C’est avec cette image que Duraid Abbas Ghaieb résume la situation des étrangers illégalement installés en Europe. Une situation que le comédien irakien a connue il y a quelques années, en fuyant son pays, et qu’il retrouve aujourd’hui à travers son personnage. "Je n’ai pas besoin de jouer, tout est déjà en moi. L’émotion est là, elle a ressurgi dès le moment où j’ai lu le scénario", raconte-t-il.

L’enjeu, pour lui, était de réussir à transmettre cette émotion au public. "Je suis né à Bagdad en août 1980, quelques jours avant le début de la guerre Iran-Irak. J’ai connu le conflit avec le Koweït, la seconde Guerre du Golfe, suivie par des années de sanctions, avec l’absence de nourriture et de médicaments, puis l’invasion américaine en 2003 et la guerre civile. Même si je vous racontais tout cela en détail, je ne pense pas que vous pourriez ressentir et comprendre ce que j’ai vécu. Les médias nous abreuvent d’images d’horreur, mais ça ne suffit pas. Pourtant, je crois au pouvoir de l’art. Est-ce qu’un film peut changer le point de vue sur les immigrants ? J’ai envie de dire oui."

Avec "Le Chant des hommes", Duraid aimerait s’adresser aussi aux migrants. "Je ne suis pas parti de chez moi seulement à cause de la guerre. Comme n’importe quel jeune, je voulais voyager, voir le monde. J’avais une vision très romantique de ce qu’était le monde libre, je voyais l’Europe comme un paradis. Et pourtant, en arrivant, ça a été le cauchemar. Il y a eu des moments où j’ai regretté d’avoir émigré. Il faut en être conscient."

Aujourd’hui qu’il possède la nationalité hollandaise et qu’il joue en Europe, il a une vision plus optimiste. "Si c’était à refaire, je le referais, et je souhaite à tout le monde de pouvoir le faire. C’est bien d’avoir le choix." V.G.