"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

Ahmet Rifat Sungar n’a pas puisé dans son vécu pour interpréter un sans-papiers kurde. Lui, qui n’a jamais ressenti l’envie ni eu de raisons suffisantes pour quitter Istanbul, a fait appel à ses talents d’acteur professionnel pour s’approprier son personnage. "Je n’ai rien de Moktar", cet "homme fermé", ce "criminel" qui "découvre son cœur" en prenant part à la grève de la faim dans l’église, nous explique le comédien de 32 ans.

Qui plus est, Ahmet Rifat Sungar est turc, Moktar kurde - et l’on sait les tensions animant les deux communautés en Turquie. Mais l’acteur refuse de s’inscrire dans ces relations conflictuelles. "Je n’aime pas les nationalismes", tranche-t-il. De toute façon, "il ne faut pas identifier mon personnage à ses origines", "il faut voir les difficultés qu’il rencontre et comment il y fait face sur le plan humain". "Moktar est un être humain. Je suis un être humain. C’est notre point commun."

À l’école, Ahmet Rifat Sungar a toujours fait du théâtre. "Mais, comme 99 % des hommes, je voulais être joueur de foot ! Quand j’ai commencé ce métier, j’ai compris qu’un joueur de foot ne pouvait pas devenir acteur mais qu’un acteur pouvait devenir joueur de foot, en tout cas dans un film", sourit-il.

Les réalisatrices l’ont repéré dans "Les trois singes", un film primé à Cannes, et l’ont contacté, via son père, par les réseaux sociaux. "Comme quoi Facebook peut être utile parfois." Il accepte l’aventure - le message du film "convient à mes idées" - mais s’inquiète un peu. Avec plus de vingt nationalités sur le plateau, "je me demandais comment j’allais m’entendre avec des gens qui ne parlent pas la même langue que moi, alors que je ne comprends déjà pas ceux qui parlent le turc ! Mais finalement, quand on veut se comprendre, la langue n’a pas d’importance."

Au contact des autres comédiens, qui ont des parcours de vie autrement plus dramatiques que le sien, Ahmet Rifat Sungar découvre aussi le combat des sans-papiers. "J’ai compris l’importance d’une pièce d’identité."