Cinéma Quentin Dupieux et son double à l’écran Jean Dujardin accouchent d’un délire totalement décalé !

"Je promets de ne plus jamais porter de blouson de toute ma vie…" A l’écran, de jeunes gens prêtent cet étrange serment, en enfermant leurs vestes dans le coffre d’une voiture. Il suffit d’une phrase pour reconnaître le style si particulier de Quentin Dupieux. Et l’on prend à nouveau un vrai plaisir à retrouver l’atmosphère décalée et nonsense qui est la marque de son cinéma.

Quittant sa femme, vidant ses économies, Georges (Jean Dujardin), la quarantaine bien sonnée, s’offre le blouson en daim de ses rêves, auquel il ne manque pas une frange ! Il coûte quand même 7 500 €. Mais, pour ce prix-là, le vieux montagnard qui le lui vend (Albert Delpy) lui offre un caméscope. Georges descend alors dans un hôtel miteux, juste pour pouvoir profiter de sa nouvelle acquisition, se regarder sans le miroir. Quand Denise (Adèle Haenel), la serveuse du bar du coin, lui demande ce qu’il fait dans la vie, Georges s’improvise cinéaste. Monteuse à ses heures, la jeune fille l’encourage à poursuivre son film, œuvre mystérieuse qui tourne autour de son obsession pour sa veste, avec laquelle il se met à parler et dont il partage le rêve : être le seul homme sur Terre à porter un blouson. Il faut dire que, selon ses propres termes, cette veste en daim lui donne "un style de malade !"


Autoportrait déguisé

Tirant moins ouvertement vers la comédie que ses deux films précédents, Réalité avec Alain Chabat et Au poste ! avec Benoît Poelvoorde, Le daim en revient au cinéma de genre des débuts de cinéaste de Dupieux, et notamment à Rubber en 2010, auquel le générique glisse d’ailleurs un clin d’œil. Si Dupieux renonce à ses tics, notamment ce jeu sur le méta dans la construction de scénarios alambiqués, la mise en abîme néanmoins est de mise, à travers ce personnage qui, comme lui, scénarise, réalise, filme lui-même son petit film amateur.

Derrière le décalage, le goût du genre et la tentation du slasher, Le daim semble en effet, d’abord et avant tout, un autoportrait déguisé de Quentin Dupieux. Ce n’est pas pour rien qu’il a donné sa propre dégaine et sa barbe fournie à Jean Dujardin qui, malgré un personnage totalement barré, se montre totalement sobre. Soit un autoportrait à la veste plein de dérision d’un réalisateur autodidacte travaillé par des thèmes récurrents (comme le basculement vers la folie) et par une forme de fétichisme, la veste en daim remplaçant ici le pneu de Rubber.

Et, une fois n’est pas coutume, grâce à la simplicité biblique de son scénario, Dupieux parvient même à finir son film sans s’égarer, comme il en a souvent l’habitude, et en 1h17 seulement…

Le Daim Comédie fétichiste De Quentin Dupieux Scénario Quentin Dupieux Musique Quentin Dupieux Montage Quentin Dupieux Avec Jean Dujardin, Adèle Haenel, Albert Delpy, Marie Bunel… Durée 1h17.

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