Luc Béraud consacre un livre et la Cinémathèque française une rétrospective à l’auteur de "la maman et la putain"

Tu ne saurais être malheureux par la maladie, par la faim, par la prison, rien ne t’y contraignant, sois-le par ton art. "C’est avec cette citation de Jean Genet que la Cinémathèque française entame le portrait du réalisateur Jean Eustache auquel, elle consacre une rétrospective tout au long du mois de mai. La formule "cinéaste culte" est aujourd’hui bradée, mais il n’en existe pas d’autre pour ce cinéaste auquel la cinéphilie parisienne a élevé une chapelle ardente. Jean Eustache, c’est l’artiste maudit, l’artiste scandaleux, l’artiste suicidé (en 81). Ainsi, en mars 2014, les Inrocks décrétait que "La maman et la putain" - qui scandale à Cannes en 73 - était le meilleur film français du XXème siècle. Une prise de position forte qui doit être relativisée, le film est invisible en salles, comme en DVD, car son fils Boris., s’y oppose. Eustache est l’incarnation du genre idolâtré par la critique parisienne, le "film de Chambre de bonne" et d’une façon radicale - radicale, bien entendu - de faire du cinéma. Quelle façon au juste ?

C’est précisément, ce que raconte Luc Béraud, dans "Au travail avec Eustache", ouvrage sous-titré "making of". Aujourd’hui réalisateur, Luc Béraud fut l’assistant de l’auteur de "La maman et la putain" et "Mes petites amoureuses". Il était en première ligne pour raconter en détail la méthode Eustache. "Avec Eustache, les repérages ne consistent pas à trouver des lieux de tournage qui correspondent aux besoins du scénario, aux exigences de la technique. Pour lui, le film doit se tourner "là où ça s’est passé". Ce que le film raconte, c’est une tranche de la vie d’Eustache lui-même, qu’il fait rejouer, au mot près, et parfois même par les protagonistes eux-mêmes". Ainsi Françoise Lebrun, ancienne maîtresse d’Eustache jouera sa nouvelle maîtresse dans le film. Quant à la méthode, elle consiste "à générer une tension qui, chez certains acteurs, peut engendrer une forme de panique et, en les déstabilisant, les pousse faire des choses qu’ils n’auraient pas livrées dans un contexte plus confortable". Pour Bernadette Lafont "Jean Eustache est un catalyseur d’énergie, il veut travailler dans l’urgence et la mise en danger, pas physique mais psychologique. Pour cela, il provoque une crispation qui épuise les acteurs… et aussi les techniciens.".

Son direct, pas de mouvements d’appareils, des plans fixes de plusieurs minutes, pas de répétition mais la prise sèchement interrompue à la moindre erreur. C’est dire qu’un tournage avec Eustache était une partie de plaisir pour personne et moins encore pour son producteur Pierre Cottrell. Faute de voir ses films - à moins de se rendre à Paris tout au long du mois de mai - Luc Béraud a capté l’air d’un certain cinéma français des années 70.

 

Au travail avec Eustache, Luc Béraud, Institut Lumière/Actes Sud, 272 pages, 23 €/www. Cinematheque.fr