"Jeune et Jolie" et le voile de mélancolie de Ozon

Fernand Denis, à Cannes Publié le - Mis à jour le

Vidéo
Cinéma

Jeune et Jolie de François Ozon a été présenté le jeudi 16 mai en Compétition, au Festival de Cannes. Critique à chaud par notre envoyé spécial.

Une plage, une jeune fille, une chanson; on est bien chez Ozon, de retour à Cannes. Elle s’appelle Isabelle. Demain, on fêtera son anniversaire. Quelques heures avant de souffler les bougies, elle se débarrasse de quelque chose d’encombrant, sa virginité. “Voila, c’est fait dit elle” à son petit frère Victor, son confident. Enfin, il aura juste l’info mais pas de détails.

Septembre arrive, c’est la rentrée des classes. Dans son grand sac, il n’y a pas que les poèmes de Rimbaud; elle cache aussi, un petit tailleur strict, un chemisier en soie grise, des chaussures à talons, une tenue d’escort girl. Son premier client pourrait être son grand-père. C’est 300 euros. Pourquoi Isabelle est-elle devenue Léa, pourquoi cette double vie ?

Le spectateur s’interroge alors qu’Ozon, lui, ne cesse de montrer ce dédoublement de personnalité, dès la scène la scène originelle. Il multiplie les vitres, les miroirs, les reflets. Il avance des pistes, mais aucune mène à une explication. L’argent ? Elle ne manifeste pas d’envie précise, elle range les billets dans une enveloppe. Le sexe ? Si plaisir, il y a, il ne semble guère l’épanouir. L’absence du père et la dissolution des repères ? L’hypocrisie des adultes en général et la monotonie de la vie de famille ? Connaître sa valeur ? Elle vaut 300 €. Elle essaie 400, 500. C’est concret.

Elle n’a pas de raisons, elle n’a pas d’excuses, elle n’a pas de regrets. On ne comprend pas, c’est un trou noir. Ozon aime la montrer sur un escalator, plonger ou sortir de ce trou noir. Mystère total ? Pas tout à fait. Ozon fait appel à Françoise Hardy et à ses chansons mélancoliques dont sa toile révèle une surprenante intensité. Ce sont elles qui éclairent un peu le spectateur. D’ailleurs, la comédienne Marine Vacth est coiffée comme la chanteuse et dégage ce charme délicat et adolescent de sa fragrance qui résiste au temps. L’an dernier, elle parfumait Wes Anderson et son Moonrise Kingdom.

Fernand Denis, à Cannes

A lire également

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM

Facebook