Raphaël et sa bande sont les rois de Sète : vol à la tire, car-jacking et pickpockets, ils excellent dans toutes les disciplines pratiquées sur les trottoirs de la ville. Chaque jour, ils s’entraînent à scruter les rues à la recherche des victimes idéales et à décharger les camionnettes d’objets volés aussi vite que possible. Dans cette existence de dangers et de liberté, il importe d’être toujours aux aguets. Pas question de se relâcher même pour les beaux yeux d’une fille, comme la colocataire de Raphaël, Émilie (la Belge Léone François).

Avec Kevin, son fidèle "lieutenant" (Darren Muselet vu dans Hors Normes), Raphaël forme un duo de voleurs efficaces, "invisibles", qui bluffent les ados du quartier dont certains rêvent d’intégrer la bande. Mais Kevin voudrait monter leur business d’un cran, dans les gains comme dans les risques, et entrer ainsi "dans la cour des grands", ceux qui règnent sur Marseille. Raphaël, lui, veut garder les deux pieds sur terre, car il se sent responsable de son père à la dérive.

La bourse ou l’amour

Jeunesse sauvage propose une belle histoire d’amour filial entre un jeune voyou et son père (l’acteur de théâtre Jérôme Bidaux), SDF mentalement perturbé. Après 25 années passées à trimer sur les quais, l’homme a été licencié et dort aujourd’hui à la rue. Orphelin de mère, Raphaël fait tout ce qu’il peut pour empêcher son paternel de sombrer et pour tenter même de le réinsérer, mais difficile de lui faire quitter sa vie d’ermite.

Pablo Cobo, impressionnant de maîtrise en leader magnétique, offre ses traits d’ange rédempteur au premier long métrage de Frédéric Carpentier. Cette Jeunesse sauvage est celle de la débrouille et de la petite délinquance, des quartiers du port de Sète où, malgré un soleil triomphant et une lumière onirique, l’horizon semble bouché. Et où certains jeunes sont tentés d’imposer leur loi dans la cité qui les rejette mais les a vus naître.

Cette histoire, inspirée de faits réels, colle à la vie de ses interprètes puisque Frédéric Carpentier l’a imaginée à la suite d’ateliers de cinéma donnés, dans diverses cités ou quartiers difficiles, à des jeunes en rupture de ban. Nombre de ceux qui apparaissent à l’écran aux côtés des comédiens jeunes ou confirmés, rejouent des morceaux de leur propre vie.

Malgré une fin prévisible et quelques passages trop balisés, Jeunesse sauvage parvient à imposer sa petite bande magnétique et syncopée.

Jeunesse sauvage Drame urbain De Frédéric Carpentier Scénario Frédéric Carpentier Avec Pablo Cobo, Darren Muselet, Léone François, Jérome Bidaux Durée 1h20.

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