Comment une brillante étudiante de Cambridge est-elle devenue rouge ? Par amour, idéal, raison ?

Connaissez-vous Melita Norwood ? À l’inverse de Superman, Wonder Woman et WhatelsOncle , elle aurait vraiment sauvé le monde de la destruction. Du moins si on en croit ce film de Trevor Nunn qui met en scène son histoire tout en modifiant son nom en Joan Stanley.

Difficile à croire tout de même en découvrant cette vieille dame toute fripée taillant les arbustes de son jardinet. A la surprise générale, la police débarque, un jour de l’an 2000, dans son quartier paisible et l’emmène illico au MI5 pour interrogatoire musclé. Pas besoin d’avocat dit-elle, je n’ai rien à voir avec cela. Sauf que, le couple de détectives ne manque pas d’éléments pour lui rafraîchir la mémoire jusqu’en… 1938, lorsque le destin a frappé à la fenêtre de sa chambre d’étudiante à Cambridge.

C’était la glamoureuse Sonya cherchant à réintégrer sa room du 3e étage sans se faire choper par sa logeuse. Grâce à elle, Joan est sortie de son laboratoire, a découvert qu’il y avait une guerre en Espagne et des citoyens en Russie désireux de construire une nouvelle civilisation. Tout cela par la voix du beau Léo au charisme irrésistible et aux sentiments insaisissables.

Si Joan succombe à la loi de son physique, elle comprend que celui-ci entretient l’alchimie pour obtenir d’elle des informations depuis qu’elle est devenue la secrétaire assistante d’un éminent physicien en charge des recherches top secrètes sur la fabrication d’une bombe révolutionnaire.


Classique dans l’air du temps

L’histoire de Joan Stanley est vraie, assure le générique du film mais le traitement est délibérément romanesque. On connaît la maîtrise des Britanniques dans ce genre de biopic où les sentiments se mêlent aux convictions, pour composer un cocktail palpitant de bout en bout.

C’est d’un classicisme assumé, d’une reconstitution impeccable, et pourtant Red Joan s’inscrit dans l’air du temps. L’héroïne est une femme mais surtout, le réalisateur Trevor Nunn apporte une incontestable touche de modernité en pointant, avec malice, le sentiment de supériorité des hommes. Celui-ci les empêche d’imaginer que de frêles et ravissantes créatures puissent être à la manœuvre dans de complexes opérations de renseignements.

L’autre caractéristique d’une production britannique est, bien entendu, la qualité de son casting dominé par Judi Dench. Pourtant minimaliste, son jeu est d’une formidable intensité, un mélange d’humiliation, d’éprouvante mise à nu et de remise en cause finale.

Un demi-siècle après les faits, l’Histoire a jugé.

Red Joan Espionnage historique De Trevor Nunn Scénario Lindsay Shapero d’après le roman homonyme de Jennie Rooney. Avec Judi Dench, Sophie Cookson, Stephen Campbell Moore Durée 1h50.

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