Inévitable ! On ne peut s’empêcher de les comparer. Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook a eu droit à son film, "Social Network". C’est au tour de Steve Jobs, le créateur d’Apple d’avoir le sien, tous les deux ont changé la face (ibook) du monde.

Mark Zuckerberg a bénéficié d’un scénario brillant d’Aaron Sorkin, d’une mise en scène époustouflante de David Fincher. Ah, cette scène originelle où une fille rompt avec son boy-friend car il est trop épuisant à écouter, il parle trop vite, il mène deux conversations à la fois. Et puis, il y a l’interprétation magistrale de Jesse Eisenberg. Bref Zuckerberg s’est vu offrir un chef-d’œuvre qui éclairait le futur tout en faisant le portrait d’un autiste aux 500 millions d’amis.

Steve Jobs n’a malheureusement pas eu cette chance. Lui dont le credo était la création, l’innovation; l’homme de "Think different" est traité comme un bas morceau d’épaule de cheval dans une daube de bœuf de chez Findus.

Ainsi, le scénario ne développe aucun point de vue, ne se fixe sur aucun temps fort pour en révéler la portée. On suit son existence depuis son départ de l’université jusqu’à la présentation de l’iPod. On passe par la naissance d’Apple dans le garage familial, par une crise de sa vie privée, par ses démêlés avec le chef du marketing qu’il avait débauché chez Pepsi et encore par un coup de fil rageur à Bill Gates. Avançant par à-coups, le scénario semble incapable d’insuffler un enjeu aux scènes.

Loin de sauver ce script boiteux, la mise en scène de Joshua Michael Stern s’emploie à l’enfoncer en s’appuyant sur la musique pour apporter un peu de tension aux séquences. C’est peu dire que cela devient rapidement très agaçant.

Enfin Steve Jobs est incarné Ashton Kuchner dont le rôle le plus marquant est celui d’amant de Demi Moore, postant des photos de sa compagne sur Twitter, faisant d’elle l’icône de la femme cougar. L’acteur base ici son interprétation sur le mimétisme, une ressemblance spectaculaire avec le jeune wonder boy de l’Apple II à un moment où il n’était connu que des geeks. Un choix dont la pertinence échappe quelque peu.

Ici et là, on est néanmoins frappé par les points communs entre les deux hommes. Primo, leur sensibilité plantaire. L’un comme l’autre ont horreur de sentir leurs pieds enfermés dans des chaussures.

Secundo, un paradoxe partagé. Ces deux génies de la communication semblent incapables de... communiquer avec autrui.

Tertio : l’ego du vide. Ils sont animés de la même volonté d’éliminer par tous les moyens - humiliation, dévalorisation, trahison -, ceux qui ont compté dans leur glorieux parcours. En l’occurrence, Steve Wozniak partira écœuré, c’est pourtant lui qui avait eu l’idée de connecter la télé et la console de jeu, une initiative dont Steve Jobs, visionnaire avait mesuré l’énorme potentiel.

Allez, le film est planté. Reboot !

F.Ds

Réalisation : Joshua Michael Stern. Scénario : Matt Whiteley. Avec Ashton Kutcher, Dermot Mulroney, Josh Gad… 2h07