Découvert dans une série de comédies hollywoodiennes plus ou moins stupides mais souvent très drôles produites par Judd Apatow (40 ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi, Sans Sarah rien ne va, American Trip …), Jonah Hill a rapidement prouvé toute l’ampleur de son talent. Jusqu’à décrocher une nomination à l’Oscar pour son rôle de trader junkie dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese.

Depuis, il a enchaîné les rôles plus consistants (comme dans War Dogs par exemple), sans renoncer à faire rire ( 22 Jump Street , This is the End). Difficile donc de savoir dans quelle direction l’acteur partirait pour son premier passage derrière la caméra… Et le résultat est aussi enthousiasmant qu’inattendu.

Mid90s est la chronique d’un été dans la vie de Stevie, jeune gamin de 13 ans qui s’échappe dès qu’il peut de chez lui - où il est le souffre-douleur d’un frère violent (campé par Lukas Hedge) -, pour traîner dans les rues de Culver City, dans la banlieue de Los Angeles. Un jour, il ose pousser la porte d’un magasin de skate sur Motor Avenue. Là, il rencontre quatre skateurs passionnés qui, même si plus âgés que lui, l’intègrent à leur bande. A leurs côtés, le gamin va découvrir la vie et vivre à fond son adolescence.


Chronique de l’adolescence

Pas question pour ce premier long métrage d’un caprice de star hollywoodienne. A 36 ans, Jonah Hill signe le scénario et la réalisation d’un film très personnel, un hommage à sa propre adolescence dans les rues de Los Angeles. Là où tout Hollywood est nostalgique des années 80 (tendance Stranger Things, la série de Netflix), l’acteur replonge, lui, dans les années 90. Non pas dans un film autobiographique, mais dans une œuvre subtile, qui capte toute la culture de l’époque, celle du skate-board, du rap du Wu Tang Clan, des tubes grunge de Nirvana ou des parties endiablées de Super Nintendo…

Mise en scène audacieuse

Tourné en 4/3, avec une image pleine de grain, bénéficiant d’une bande-son aux petits oignons, Mid90s recrée parfaitement les nineties, au service d’un film d’apprentissage particulièrement juste, qui magnifie la camaraderie et la liberté.

Non content de signer une mise en scène très audacieuse, Jonah Hill dirige également avec tact ses jeunes acteurs. A commencer par Sunny Suljic, vu récemment dans La Prophétie de l’Horloge . Un jeune comédien épatant qui jouait déjà un skateur dans Don’t Worry He Won’t Get Far on Foot de Gus Van Sant, dans lequel Jonah Hill s’offrait, lui, un grand numéro face à Joaquin Phoenix. Et l’on sent bien ici toute l’influence qu’a pu avoir Van Sant dans la genèse de Mid90s. Hill a en effet débauché le directeur photo de Don’t Worry, Christopher Blauvelt, tandis qu’il emprunte un thème cher à Van Sant, le skateboard (que ce dernier abordait notamment dans Paranoid Park ).

C’est clairement dans la lignée d’un certain cinéma indépendant américain, d’un cinéma proche de la vie et des personnages, que s’inscrit Jonah Hill dans un premier film impressionnant, qui en appellera certainement d’autres…

Mid90s/90’s Chronique ado De Jonah Hill Scénario Jonah Hill Photographie Christopher Blauvelt Musique Trent Reznor&Atticus Ross Montage Nick Houy Avec Sunny Suljic, Na-kel Smith, Katherine Waterston, Lucas Hedges… Durée 1 h 25.

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