Nommé six fois aux Oscars, Judas and the Black Messiah est l’un des films américains marquants de cette étrange année 2020. Shaka King y revient sur le combat politique de l’un des leaders les plus charismatiques des Black Panther, Fred Hampton, assassiné le 4 décembre 1969 par le FBI et la police alors qu’il dormait dans son appartement de Chicago, dans le cadre de l’opération COINTELPRO. Il avait 21 ans.

Un assassinat politique

Très documenté, le film met en scène la relation triangulaire qui relie Fred Hampton (Daniel Kaluuya), William O’Neal (Lakeith Stanfield), la taupe du FBI infiltrée chez les Black Panther de l’Illinois, et son agent traitant Roy Mitchell (Jesse Plemons). Pour faire tomber celui qui aurait pu succéder à Bobby Seale et Huey P. Newton (les fondateurs des Panthers en 1963, alors tous deux en prison), le FBI a en effet fait appel à un petit malfrat noir de Chicago, dont le témoignage (extrait de la série documentaire Eyes on the Prize consacrée à la lutte pour les droits civils, diffusée en 1990) ouvre le film.

La thèse de Shaka King est que le FBI a délibérément fait taire Hampton avant qu’il ne devienne ce Messie noir capable de soulever les foules vers une révolution non seulement noire, mais surtout marxiste… Ce que montre très bien King, notamment à travers les discours enflammés du jeune activiste - inspiré par la faconde de Malcom X -, c’est en effet la profondeur de la réflexion politique des Panther dans leur lutte contre les "cochons" capitalistes. "Je suis un révolutionnaire ! Je suis un prolétaire. Je suis le peuple ! Pas le cochon !", clame ainsi Hampton dans une image d’archives à la fin du film, alors qu’il venait de lancer la Rainbow Coalition, qui chercher à unifier le combat d’organisations noires, blanches, latinos et amérindiennes.

© Warner

L’élève de Spike Lee

Parfaitement ancré dans le réel, Judas and the Black Messiah retrace le combat politique de Fred Hampton avec une grande minutie historique, une vivacité dans la mise en scène et la narration (reposant sur l’excellente participation funk et jazzy de Mark Isham et du trombone Craig Harris) et au talent deux jeunes acteurs brillants : Daniel Kaluuya et Lakeith Stanfield. Après avoir été révélés dans le génial Get Out de Jordan Peele en 2017, tous deux ont d’ailleurs été nommés à l’Oscar du meilleur second rôle, le premier l’ayant décroché.

Shaka King appartient à la même génération que Peele mais, contrairement à lui, il aborde la question de l’identité afro-américaine, non pas par le biais du genre, mais frontalement, en bon élève de Spike Lee. Originaire, comme ce dernier, du quartier de Bedford-Stuyvesant à Brooklyn (qu’il filmait dans son premier long métrage Newlyweeds en 2013), King a en effet été littéralement l’élève du réalisateur de Do the Right Thing à la Tisch School of the Arts de l’université de New York. Comme son maître, le jeune cinéaste de 41 ans allie le goût du combat politique et de l’efficacité de mise en scène pour signer, 30 ans après le Malcom X de Lee, un hommage digne à un autre leader afro-américain victime de la politique paranoïaque et raciste d’Edgar J. Hoover. Un héros qui, il y a 15 ans encore, aurait sans doute été vu par Hollywood comme un terroriste (un peu comme Malcom X au moment du film de Spike Lee) et dont on reconnaît enfin aujourd’hui la justesse du combat.

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  • Disponible en EST (achat) le 28/4 sur AppleTV, Google Play, YouTube et Rakuten TV. Puis en VOD le 12/5 sur ces plateformes et sur Telenet, Proximus & BeTV

Judas and the Black Messiah Biopic politique De Shaka King Scénario Shaka King & Will Berson Avec Daniel Kaluuya, Lakeith Stanfield, Martin Sheen… Durée 2h06

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