Au sommet de leur art, Helen Mirren et Ian McKellen s’opposent dans un savoureux thriller à l’anglaise.

Durant le générique d’ouverture, on découvre Roy Courtnay (Ian McKellen) et Betty McLeish (Helen Mirren) derrière leur écran d’ordinateur, peaufinant leur profil sur un site de rencontres pour seniors fortunés. Au premier rendez-vous, dans un pub de Londres en 2009, le courant passe bien entre les deux veufs septuagénaires. Ils peuvent même s’avouer avoir quelque peu arrangé leur CV pour attirer l’attention de potentiels candidats. De pieux mensonges ? Pas si sûr…

Ce que ne sait pas Betty, c’est que Roy mène en fait une double vie. Quand il ne se fait pas passer pour un vieillard grabataire pour faire fondre ces dames, Roy est un homme fringant, qui fréquente les clubs de strip-tease pour rencontrer les futurs pigeons d’une arnaque bien rodée mise au point avec son ami Vincent (Jim Carter). Quand Roy finit par emménager dans le confortable pavillon de Betty, le petit-fils de cette dernière (Russell Tovey) se montre de plus en plus méfiant vis-à-vis de cet homme au passé mystérieux…

Savoureuse confrontation

Quel bonheur d’assister, dans un délectable jeu du chat et de la souris, à la confrontation de deux comédiens de la trempe d’Helen Mirren et de Ian McKellen. Tout en malice, les acteurs britanniques sortent leur plus grand jeu pour camper ces rois du mensonge au charisme irrésistible. Car, c’est la loi du genre, on se doute évidemment assez rapidement que la riche veuve a sans doute, elle aussi, des petits secrets sous le tapis…

Adapté du premier roman de l’Anglais Nicholas Searle, The Good Liar est un thriller joyeusement retors, qui nous balade au gré d’une arnaque dont on sent, dès le départ, qu’on n’en maîtrise pas tous les tenants et aboutissants. À la mise en scène, on retrouve un Bill Condon libéré de ses grosses productions hollywoodiennes stéréotypées, de Twilight Chap. IV et V à Dreamgirls, en passant par La Belle et la Bête en 2017. On reconnaît ici la finesse du regard sur la société de l’auteur de Dr Kinsey (2004) ou de Gods and Monsters (1998). Mais on reconnaît aussi le cinéaste ludique de Mr Holmes (2015), fantaisie littéraire bien sentie sur un Sherlock Holmes perdant la boule (déjà Ian McKellen).

Si l’on prend un malin plaisir à se faire mener en bateau en même temps que les personnages - même si l’on comprend rapidement où tout cela va nous mener -, dommage que le scénario appuie un peu lourdement sur la corde historique. Avec un final berlinois pataud et inutile - en ce qu’il ne remet foncièrement pas en cause la dynamique entre les deux personnages, qui aurait très bien pu s’expliquer de façon plus légère.

The Good Liar / L’Art du mensonge Thriller classique De Bill Condon Scénario Jeffrey Hatcher (d’après le roman de Nicholas Searle) Photographie Tobias A. Schliessler Musique Carter Burwell Montage Virginia Katz Avec McKellen, Helen Mirren, Russell Tovey, Jim Carter… Durée 1 h 50.

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