La drôlesse», «La fille de quinze ans», «Le petit criminel», «Petits frères», «Ponette»,... on ne compte plus les films de Jacques Doillon mettant en scène des enfants ou des adolescents. «La période de l'adolescence est une double période. Il y a des moments de fermeture absolue, comme, peut-être, on ne le sera plus jamais. Et d'autres d'ouverture inouïe. L'enfance et l'adolescence m'intéressent parce que les contrastes sont tellement forts, les écarts beaucoup plus grands», explique-t-il.

Une façon, aussi, de se défier des compromissions adultes. «L'enfant est beaucoup moins dans la négociation que l'adulte, qui recherche une paix apparente, essaye de ne pas avoir de problèmes et apprend à tricoter du côté de la compromission dans le travail, les rapports amoureux, la famille, les rapports avec les enfants, afin d'éviter tout ce qui peut blesser - se blesser, en particulier. C'est pourquoi il est si intéressant de tourner avec des enfants, je m'étonne d'ailleurs qu'on le fasse aussi peu.»

Et de balayer, au passage, quelques idées reçues. «Comme si c'était compliqué de tourner avec des enfants, alors qu'il n'y a aucune difficulté majeure. On tourne avec des êtres humains, il se trouve qu'ils ont quatre ans, plutôt que trente ou cinquante. Mais on peut faire un film tout à fait intéressant avec un enfant de quatre ans avec qui on peut s'entendre- ce dont Doillon fit d'ailleurs l'éclatante démonstration avec Victoire Thivisol, magnifique interprète de «Ponette», il y a quelques années.

«Tourner avec des adultes est souvent plus difficile, parce qu'ils se sont déjà raidis, continue-t-il. Ils sont sûrs d'eux-mêmes, de ce qu'ils peuvent faire, ils connaissent leurs faiblesses et savent jusqu'où ils peuvent aller ou ne pas aller. J'ai déjà eu des tournages difficiles avec des adultes, mais jamais avec des enfants. Non du fait d'une quelconque autorité, mais parce que la négociation est beaucoup plus simple, la liberté d'expression beaucoup plus vive et l'ego moins développé chez l'enfant. Il n'y a pas de problème d'image, ils sont, la plupart du temps, beaucoup plus ouverts. Et qu'ils ne soient pas professionnels n'a pas d'importance, ils peuvent tout à fait exprimer des sentiments. Ils ne sont pas dans la simulation d'une scène, ils la jouent et s'amusent à la jouer. Alors que la plupart des adultes simulent assez bien les sentiments qui sont exprimés, on le voit à longueur de films...»

© La Libre Belgique 2003