François (Jalil Lespert) est un homme des bois. Depuis l’enfance, il arpente cette forêt du Jura qui le fait vivre à travers la scierie familiale. Un projet qu’il a développé avec sa femme Noémie (Mélanie Doutey) aussi déterminée à réussir que lui. Tous les deux se connaissent depuis l’adolescence et rêvent de devenir parents. Bien plus que la situation économique tendue, c’est l’absence d’enfant qui les ronge. Malgré le parcours de combattant de la Fiv, le couple reste soudé. Ce rêve-là, aussi, ils comptent bien le concrétiser.

Au hasard d’une commande de bois, François croise Patricia (Louise Bourgoin) qui le séduit d’emblée. La jeune femme, mère de deux petites filles, semble s’ennuyer aux côtés de son mari et trouve la région trop isolée. Sur un coup de tête, ils entament une liaison passionnée. Au même moment, Noémie veut convaincre François de déposer un dossier d’adoption, il accepte à reculons.

La force de L’enfant rêvé est de montrer l’importance de la filiation et du rêve d’enfant dans la vie d’un homme. Un point de vue moins souvent exploré. Raphaël Jacoulot (Coup de chaud, Avant l’aube) filme la transformation de François au plus près. Prouvant qu’il n’y a pas que des mères empêchées que cette situation rend folles.

Pour François, la pression est d’autant plus forte que ses relations familiales sont épineuses. L’entreprise a une importance cruciale à ses yeux, comme à ceux de son père et de son grand-père avant lui. Sans compter que la scierie Receveur est un puissant enjeu de jalousie entre François et sa sœur.

S’embourbant dans une double vie, il semble incapable de trancher ou de ne pas faire souffrir les deux femmes qui l’aiment. Tiraillé, fermé, rustre, François laisse pourrir la situation provoquant le désespoir autour de lui. Louise Bourgoin et Mélanie Doutey illuminent leur personnage et livrent une impressionnante palette de sentiments face au désir réel ou frustré et à l’arrivée d’un enfant.

Une fin psychologiquement peu crédible

Jalil Lespert impressionne dans le rôle de cet homme qui parvient peu à peu à exprimer ses désirs même s’il s’avère profondément égoïste et destructeur pour ceux qui l’entourent. Si le dénouement semble peu crédible sur le plan psychologique, on retient de ce film les magnifiques paysages sylvestres filmés avec sensibilité qui montrent à quel point ces étendues façonnent et éclairent les individus. Une aura lumineuse renforcée par la très belle bande-son, piano et violoncelle, conçue par André Dziezuk, pour souligner la narration.

L’enfant rêvé Drame de la filiation De Raphaël Jacoulot Avec Jalil Lespert, Louise Bourgouin, Mélanie Doutey. Durée 1h47.

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