Dans une classe de collège privé, un professeur semble absent. Il se dirige tranquillement vers le fond de la classe, ouvre la fenêtre et saute… L’Heure de la sortie s’ouvre sur une scène très forte, qui instaure d’emblée l’atmosphère pesante de ce thriller glacé.

Suite à ce suicide, c’est Pierre Hoffman (Laurent Lafitte), habitué des remplacements, qui se retrouve face à cette classe expérimentale composée de douze élèves surdoués. Lesquels décident d’emblée de lui mener la vie dure, lui faisant comprendre tout le mépris qu’ils éprouvent à son égard. D’abord agacé, le quadragénaire est rapidement fasciné par ces jeunes gens qui, derrière leurs visages imperturbables, semblent cacher quelque chose. Le prof va chercher à comprendre ce qu’ils manigancent en secret…

La perte de l’insouciance

Dévoilé il y a un an à la Mostra de Venise, L’Heure de la sortie est un film étrange, à la fois envoûtant par sa mise en scène et glaçant par ce qu’il a à nous dire. Adapté du roman homonyme publié en 2002 par Christophe Dufossé (cf. ci-contre), le second long métrage de fiction de Sébastien Marnier entre en totale résonance avec les angoisses actuelles de la jeunesse. Ce qui intéresse en effet le réalisateur et romancier, c’est de tenter de comprendre comment l’ambiance paranoïaque de notre société post-attentats, comment la chute annoncée de la civilisation occidentale s’insinuent au plus profond de l’être de gamins de 14-15 ans.

Se nourrissant d’images vidéo sur Youtube décrivant un monde à l’agonie, refusant de participer au système de leurs aînés, ces jeunes surdoués choisissent au contraire de se retirer du monde, de cette société sur laquelle ils portent, du haut de leur romantisme adolescent, un regard désespéré, quasi nihiliste.

Un film de genre politique

Si Sébastien Marnier signe un film d’une grande profondeur thématique, il n’y a pas une once de didactisme chez lui. Tout passe ici par le cinéma, par la mise en scène et l’amour du genre. Son film, il le conçoit en effet comme un véritable thriller, aux accents quasi fantastiques par moments, notamment par ses références à des classiques sur l’enfance maléfique comme Le Village des damnés.

De même, grâce à une bande-son implacable du groupe Zombie Zombie (notamment une impressionnante reprise en version chorale adolescente de Free Money de Patti Smith), le film baigne dans une atmosphère crépusculaire, au diapason des peurs de ces ados en rupture avec la société qui les a vus naître et qui les a privés de leur insouciance.

Tout est ici mis en œuvre pour mener à un final à la beauté obscure et désespérée. A une dernière image absolument glaçante dans son actualité potentielle, et qui répond directement à la scène d’ouverture.…


© IPM
L’Heure de la sortie Thriller De Sébastien Marnier Scénario Élise Griffon & Sébastien Marnier (d’après le roman de Christophe Dufossé) Photographie Romain Carcanade Musique Zombie Zombie Avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Gringe, Pascal Greggory… Durée 1h43