Proust avait sa madeleine, Vromman a son cochon et il part à sa recherche à travers le temps.

Jan Vromman est né au pays du cochon. Enfant, dans son village de Wingene, on en dénombrait 11 par habitant, le record de Belgique de l’époque, déclare-t-il fièrement. Son enfance fut bercée par les fêtes breugheliennes où les cochonnailles couvraient les tables pendant que la bière coulait à flots. Ça sentait bon la viande. A chacun sa madeleine, lui semblait-il, le cochon méritait bien un documentaire.

Quel genre de documentaire ? Hé bien comme dans le cochon tout est bon, on y trouve un peu de tout. Un peu de zoologie. On apprend que ce sont les Turcs qui ont domestiqué le sanglier pour en faire le cochon. Et les Chinois aussi, avec des résultats plutôt contrastés. Un peu de calligraphie, le cochon est tellement important dans la vie de l’empire du Milieu qu’il est intégré à l’idéogramme de maison. Un peu de culture. Le cochon occupe une place dans la plupart des arts. Inoubliable chez Félicien Rops, par exemple. Vromman aurait pu évoquer celui de Pink Floyd. Dans la religion qui est en fait de la politique. Les musulmans et les juifs le diabolisent alors que les chrétiens le sanctifient, c’est l’ami de Saint Antoine.

Jan Vromman entreprend un véritable tour du cochon, de ses variétés, du cochon ibérique au verrat de Piétrain, mais bien entendu, le morceau de choix, c’est l’alimentation. Durant des siècles, le cochon fut l’écolo de la maison, celui qui recyclait les déchets. Et pour le remercier, on le mangeait en famille.

Evidemment, au cours du XXe siècle, les choses ont bien changé. Pour nourrir de plus en plus de bouches, il fallait de plus en plus de cochons et les porcheries sont devenues des usines à viande comme Hergé les dessinait dans "Tintin en Amérique". Fini de se vautrer dans la boue, le porc s’engraisse sur son mètre carré doté de tout le confort moderne : antibiotique, antidépresseur, etc. Manque juste la télé avec "The Voice" et "L’amour est dans le pré".

Le fil conducteur de Jan Vromman c’est sa nostalgie, tantôt ça vole haut, tantôt ça fristouille, mais il arrive un moment où l’on n’en peut plus, c’est l’indigestion. D’autant que le documentaire qui se veut artistique part dans toutes les directions sans jamais arriver nulle part.


© IPM
Un documentaire de Jan Vromman. 2h.