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Cinéma

L'humour, un langage universel

Hubert Heyrendt

Publié le - Mis à jour le

Il était une fois une fanfare de la police d'Alexandrie sortant de l'avion dans un aéroport israélien. Menée à la baguette (de chef d'orchestre) par le lieutenant-colonel Tawfiq Zacharya, la petite troupe est désemparée : pas de comité d'accueil. Il faudra donc prendre le bus. Sauf que nos musiciens se trompent d'arrêt, ou plutôt de ville. Débarqués en rase campagne, ils ne trouvent, en effet, pas le centre culturel arabe qu'ils étaient censés inaugurer. Que faire, dès lors que les budgets de la police égyptienne sont limités et qu'aucun bus n'est prévu avant le lendemain ? Il va falloir pactiser avec l'"ennemi" et se faire aider par la population israélienne...

Tolérance est le maître mot du premier long métrage d'Eran Kolirin, Coup de coeur de la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes. Le propos est, en effet, d'une grande générosité. En confrontant Egyptiens et Israéliens, "La visite de la fanfare" nous montre à quel point, si l'on parvient à passer au-delà des préjugés et de la situation politique, les différences ne sont pas si grandes. Le simple fait de se côtoyer, l'espace de quelques heures, de partager expériences et sensations, va, en effet, rapprocher des êtres rongés par une méfiance mutuelle. N'éprouve-t-on pas tous la même émotion face à un bébé qui dort ou en écoutant un air de clarinette ?

un même amour du cinéma

D'ailleurs, si l'indépendante Dina vient si facilement en aide à cette fanfare échouée et ne reste pas insensible au charme fier du lieutenant-colonel Zacharya, c'est qu'il lui rappelle peut-être Omar Sharif. Dina (et Eran Kolirin avec elle) se souvient, en effet, d'un temps pas si lointain où les grands films égyptiens faisaient un tabac à la télévision israélienne...

Le cinéma et l'art en général transcendent évidemment les différences. A l'image de la musique, autre langage universel, qui sert ici de métaphore, en même temps qu'elle donne au film son ambiance nostalgique, à travers de vieilles chansons égyptiennes et de la bande originale d'Habib Shadah.

C'est armé de cette conviction que Eran Kolirin livre une fable bouleversante qui fait renaître un peu d'espoir de paix dans une région dévastée par un conflit qui semble insoluble. S'il n'est pas facile de faire un bon film avec de bons sentiments, le jeune cinéaste israélien y parvient en évitant de tomber dans le prêchi-prêcha. Pour ce faire, il opte pour la distance, celle de l'humour. Humour dans les dialogues, les personnages, touchants, mais surtout dans les situations. Grâce à son sens du cadrage, Kolirin capte l'insolite, la drôlerie ou simplement la poésie tendre d'une scène : la fanfare au grand complet se faisant prendre en photo à l'aéroport, une séance drague assistée dans un dancing-piste de patins à roulettes ou une leçon de direction d'orchestre en pleine nuit sur un banc...

Soutenu par un magnifique casting arabe et israélien (à commencer par Sasson Gabai et la magnifique Ronit Elkabetz, déjà vue dans "Mon trésor"), "La visite de la fanfare" est un bel exemple du renouveau du jeune cinéma israélien. Lequel, contrairement à celui de ses aînés, Amos Gitai en tête, se montre sans doute moins engagé politiquement, mais plus humain, utilisant le conte ou la fable pour faire passer son message de tolérance. A la manière d'un Eran Riklis ("La fiancée syrienne"), dont le joli "Lemon Tree" sortira en salles le 21 mai prochain.

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