Wendy (Devin France) et ses frères jumeaux, James et Douglas, grandissent auprès de leur mère et de leur grand-mère dans un vieux diner miteux adossé à une gare, dans un bled du fin fond du Sud des États-Unis. Un jour, leur jeune voisin Thomas disparaît, emmené sur un train. Quelques années plus tard, Wendy et ses frères décident de sauter à leur tour dans un train pour partir à l’aventure, sous la direction de Peter (Yashua Mack), un jeune garçon frondeur… Bientôt, celui-ci les conduit sur une île volcanique, où ils rejoignent un groupe d’enfants qui ont décidé de ne plus jamais grandir….


Un retour longtemps différé

En 2012, Benh Zeitlin livrait, à 30 ans, un premier film époustouflant, Les Bêtes du Sud sauvage , conte humaniste situé dans une Louisiane sous les eaux, où, parmi une communauté lacustre, survivaient la petite Hushpuppy et son père. Plusieurs fois nommé aux Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure actrice pour la toute jeune et magnétique Quvenzhané Wallis), Grand Prix à Sundance, Caméra d’or à Cannes, le film, acclamé par la critique et le public, avait lancé sur des chapeaux de roue la carrière de Zeitlin. Il aura pourtant fallu attendre huit longues années (et même neuf avec la crise du Covid-19) pour plonger à nouveau dans l’univers si singulier du cinéaste new-yorkais installé à La Nouvelle-Orléans.

Avec Wendy , nouveau conte d’aventures mené par une petite fille et un petit garçon, on ne peut pas dire qu’on soit réellement dépaysé. Et c’est sans doute là la plus grande frustration. Après un choc comme celui des Bêtes du Sud sauvage , les attentes étaient sans doute un peu trop grandes. Ce qui explique l’accueil assez frais réservé au film, notamment au festival de Sundance en janvier 2020.

La magie n’opère plus

Coécrit avec Eliza Zeitlin, la sœur du cinéaste (déjà chef décoratrice sur Les Bêtes ), Wendy est une variation habile sur le mythe de Peter Pan. On en retrouve en effet les éléments principaux : les enfants refusant de grandir, les pirates, le Capitaine Crochet et évidemment Wendy, jeune aventurière dans l’âme qui occupe ici le premier rôle.

Tout en restant fidèle à l’esprit du roman de J.M. Barrie (plus qu’à celui du dessin animé de Disney), Zeitlin teinte son récit d’une vraie mélancolie (trop) proche de celle de son film précédent. Il s’agit en effet une fois encore pour le cinéaste américain de livrer une métaphore, vaguement écologique, sur l’état de la société américaine et sur l’importance de garder son âme d’enfant. Sauf que, cette fois, la magie n’opère plus vraiment.

Assez basique sur le fond - ce sont les enfants qui pourront sauver la Terre que les adultes sont en train de détruire -, Wendy est à nouveau porté par la force et lyrisme de la mise en scène et de la bande originale, là encore dans la droite ligne de celle des Bêtes . Mais dans son symbolisme, le film se montre assez maladroit. Le fait, par exemple, de transformer Peter Pan en jeune enfant noir, de la part d’un réalisateur blanc, est assez mal passé aux États-Unis, où on a accusé Zeitlin de renouer avec le mythe du bon sauvage… Au-delà de cette polémique stérile, c’est surtout la grande naïveté du propos qui déroute.

© September

Wendy Conte écolo De Benh Zeitlin Scénario Benh & Eliza Zeitlin Photographie Sturla Brandth Grøvlen Musique Dan Romer & Benh Zeitlin Avec Devin France, Yashua Mack, Gage Naquin… Durée 1h51

© Cote LLB

  • Disponible en VOD sur AppleTV et GooglePlay.