Durant 33 ans de sa vie, Ferdinand Cheval, agent des Postes à Hauterives, sur les hauteurs de la Drôme, bâtit patiemment son Palais Idéal, devant sa maison, puis son tombeau dans le cimetière du village, auquel il mit la dernière main en 1922, deux ans avant sa mort. En 1968, le ministre de la Culture André Malraux fit classer aux monuments historiques ce rare exemple d’architecture naïve en France. Inspiré par les articles illustrés de son époque (celle de la découverte des temples d’Angkor) (notamment sur la découverte des temples d’Angkor dans la jungle cambodgienne à la fin du XIXe siècle), le résultat est un ensemble au style inclassable, associant des éléments variés. Un palais fou qui semble annoncer la Sagrada Familia de Gaudí.


C’est sur le destin de cet artiste malgré lui que revient Niels Tavernier dans son 3e long métrage. Il n’a malheureusement pas le sens du récit de son père Bertrand et se contente d’une biographie pittoresque de son héros. Tandis qu’il semble emprunter son esthétique à ce que son héros distribua toute sa vie et qui permit de faire connaître son œuvre : la carte postale. S’intéressant finalement peu à l’inspiration de son personnage - présenté comme un asocial à l’écoute des arbres et des petits oiseaux que tout le monde prend pour un doux dingue -, Tavernier se concentre surtout sur les aspects biographiques : la perte de sa première femme et le départ de son jeune fils pour Lyon, son remariage avec Philomène (Laetitia Casta), la naissance de sa fille Alice…

Dans le rôle de ce grand taiseux têtu - "Je continuerai à faire ce palais. C’est comme ça et pas autrement", clame-t-il à son épouse -, Jacques Gamblin, un peu appuyé dans la sobriété, semble en décalage avec cette reconstitution historique convenue plus proche du téléfilm de patrimoine que du grand film sur un artiste qui participa, comme Le Douanier Rousseau avant lui, à donner ses lettres de noblesse à l’art naïf. Et si les gilets jaunes qui construisent des cabanes, des Arcs de Triomphe ou des Tours Eiffel en bois de palettes sur les ronds-points des zones périphériques de France étaient des héritiers? H.H.

L’Incroyable histoire du facteur Cheval Biographie naïve De Niels Tavernier Avec Jacques Gamblin, Laëtitia Casta, Bernard Le Coq… Durée 1h42.

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