Un rude hiver de 1941 ou 1942, quelque part en Europe de l’Est. Confié à une dame âgée, un orphelin d’une dizaine d’années (Petr Kotlár) est livré à lui-même quand celle-ci vient à mourir. Traité de sale tzigane ou de juif errant, l’enfant, désespérément seul, tente de survivre face à des paysans arriérés et violents, un prêtre dévoyé (Harvey Keitel) ou encore des soldats, allemands ou russes, d’une rare cruauté…

Publié en 1957 (cf. ci-contre), L’Oiseau bariolé retracerait le calvaire vécu par son auteur Jerzy Kosinski durant la Seconde Guerre mondiale. Comme Survivre avec les loups de la Belge Misha Defonseca, la véracité du livre prête en effet à caution. Ce qui explique sans doute la liberté par rapport à la réalité que se permet de prendre Václav Marhoul dans son troisième long métrage.

Suivant la même structure que le roman, le cinéaste tchèque retrace le véritable chemin de croix d’un être ballotté de mains en mains, d’hommes et de femmes toujours plus imaginatifs dans les abominations à faire subir à ce petit garçon tour à tour exploité, battu, humilié, violé… Ou quand l’innocence est confrontée aux pires atrocités de la guerre, aux pires bassesses dont est capable la race humaine.

Une violence complaisante

Étalée sur plus de 2h30, l’expérience se révèle particulièrement éprouvante. D’autant que le regard du cinéaste est glacial, exsangue de toute humanité. Le propos est tellement nihiliste que toute empathie devient impossible, même pas avec le jeune héros, simple marionnette dans les mains d’un cinéaste démiurge conscient de réaliser ici son grand œuvre…

Noir et blanc travaillé (en 35 mm, s’il vous plaît), décors fantomatiques, ambiance fantasmagorique… À travers sa mise en scène, Václav Marhoul semble sans cesse dire : "Regardez-moi filmer !" Tandis qu’il ose des citations directes de chefs-d’œuvre comme L’Enfance d’Ivan et Andreï Roublev , semblant se placer à la même hauteur qu’Andreï Tarkovski. Mais là où le génie russe plane dans les hautes sphères de l’humanisme, Marhoul ne dépasse pas la fange qu’il décrit. Une telle esthétisation de l’horreur confine à l’indécence, à l’obscénité. Exploiter la détresse humaine et l’une des pires périodes de l’humanité à des fins personnelles est en effet plus que dérangeant, c’est condamnable.

The Painted Bird / L’Oiseau bariolé Drame esthète Scénario & réalisation Václav Marhoul (d’après L’Oiseau bariolé de Jerzy Kosinski) Photographie Vladimír Smutný Montage Ludek Hudec Avec Petr Kotlá, Stellan Skarsgård, Harvey Keitel, Barry Pepper, Julian Sands, Udo Kier… Durée 2h49.

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