L'Oscar du meilleur film en langue étrangère attribué au film bosniaque de Danis Tanovic, "No man's Land" représente un symbole d'espoir pour la profession du cinéma en Bosnie, pays en ruine où le taux de chômage tourne autour de 40 pc.

Ecrit et dirigé par Tanovic, "No Man's Land" est un film doux-amer contre la guerre qui met en scène deux soldats, l'un musulman de Bosnie, l'autre Serbe, qui finissent bloqués dans une tranchée abandonnée entre les lignes de front pendant la guerre de Bosnie (1992-95).

"C'est pour mon pays, pour la Bosnie, merci", a déclaré le réalisateur avant de quitter la scène du théâtre Kodak de Los Angeles, où se déroulait la 74ème cérémonie des Oscars.

Pour Tanovic, son oeuvre avait pour but "d'élever une voix contre la guerre".

Bien que la Bosnie n'ait rien à voir dans le financement de "No Man's Land", qui a été financé par par une société de co-production représentant l'Italie, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et la Slovénie, les critères de sélection de l'Académie américaine du Film ont fait que la Bosnie, patrie de Tanovic, a été retenue pour donner au film sa nationalité.

"Notre réalisation cinématographique est connue grâce à Danis Tanovic...Naturellement, cela nous aide à présenter nos idées aux producteurs étrangers", explique Benjamin Filipovic, qui dirige l'Association des réalisateurs de films de Bosnie.

"Quand il a quitté Sarajevo en 1994, il a souligné qu'il emportait tout ce dont il avait besoin dans sa tête. Il a prouvé qu'il avait raison", indique Mehmed, le père de Tanovic.

"Il a emporté ses connaissances et cela l'a aidé à faire un film qui contient un message universel", ajoute-t-il.

Le film a déjà obtenu le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes et le prix du meilleur scénariste décerné à Berlin par l'Académie du Cinéma européen (European Film Academy).

Il a également obtenu le prix du meilleur film étranger au Golden Globes de Los Angeles.

"C'est le premier film distribué en Bosnie qui a été vu par plus de 200.000 personnes...et on le joue toujours", indique Medzida Buljubasic, porte-parole d'Obala Art Center, le distributeur de "No Man's Land" en Bosnie.

A titre de comparaison, Buljubasic cite l'un des succès du cinéma hollywoodien, "Pearl Harbor", qui n'a été vu que par 22.000 personnes en Bosnie.

"Le film de Danis pose les bases d'un nouveau système de référence pour la production et la distribution cinématographique en Bosnie", conclut Buljubasic.

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Les parents de Tanovic estiment que le caractère d'authenticité du film vient du traumatisme que leur fils a subi alors qu'il filmait les premières années de la guerre et du siège de Sarajevo, comme archiviste de l'armée bosniaque.

Tanovic avait tourné à cette époque plus de 300 heures d'images, alors que les bombardements et les tirs isolés des forces serbes qui assiégeaient la capitale bosniaque allongeaient chaque jour la liste des tués et des blessés.

"Les moments où nous nous réunissions tous ensemble (à cette époque) étaient les plus heureux car nous savions que nous étions tous vivants", souligne le père de Danis Tanovic.