Cinéma Le Portugais Pedro Pinho signe un film inclassable, entre fiction, documentaire et comédie musicale.

Un matin, quand ils débarquent dans leur usine, située à Póvoa de Santa Iria, au nord de Lisbonne, les ouvriers découvrent des bâtiments quasiment vides. Si les machines sont toujours là, les matières premières ont disparu. La direction est en effet sur le point de fermer l’usine et de délocaliser la production. Désarçonnés, les travailleurs ne savent comment réagir alors qu’on leur demande de se tourner les pouces. Sert-il à quelque chose de faire grève alors que la production est déjà à l’arrêt ? Devraient-ils occuper les lieux ?

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, où il a décroché le prix Fipresci de la presse internationale, L’usine de rien est un véritable ovni, qui confirme la richesse et la variété du cinéma d’auteur portugais. Lequel, de Tabu et des Mille et une nuits de Miguel Gomes à Colo de Teresa Verde, en passant par Lettres de guerre d’Ivo Ferreira, a fait preuve ces dernières années d’une incroyable vitalité, capable de se détacher de grands maîtres comme Manoel de Oliveira ou João César Monteiro, sans les renier. Et d’aborder, souvent de façon poétique, la crise économique qui a frappé le pays.

Travaillant dans le cadre de la structure de production collective Terratreme, Pedro Pinho renoue, avec son second long métrage, avec la tradition du cinéma collectif ouvrier des années 60 et 70, pratiqué par Chris Marker ou Jean-Luc Godard. Sauf qu’il ne tombe jamais dans les poncifs du film militant. Le cinéaste portugais signe en effet un film explosif, totalement libre dans sa forme, qui ne cesse de se réinventer pour maintenir l’attention du spectateur durant près de trois heures.

Egalement documentariste, Pedro Pinho ouvre L’usine de rien comme une chronique sociale très réaliste, façon En guerre de Stéphane Brizé, pour filmer le combat d’ouvriers contre le capitalisme financier. Sauf que, rapidement, cet ennemi disparaît du champ. Ne restent que des hommes et de femmes qui, au contact d’un vieux militant argentin de l’autogestion, construisent leur conscience politique et, dans la lutte, retrouvent une joie de vivre.

Après avoir enregistré de longues discussions de théorie politique, Pinho peut passer, sans transition, à une forme de légèreté, filmant des ouvriers jouant avec leurs transpalettes. Quand il ne s’offre pas carrément des scènes de comédie musicale. Et c’est tout le film qui, à l’image de ses personnages, est emporté dans un tourbillon de liberté !


© IPM
Réalisation : Pedro Pinho. Scénario : Tiago Hespanha, Luisa Homem, Leonor Noivo, Pedro Pinho&Jorge Silva Melo. Photographie : Vasco Viana. Avec José Smith Vargas, Carla Galvão… 2h57.

Le film sort à partir du 10 janvier au cinéma Nova à Bruxelles, dans le cadre d’une rétrospective des films de Pedro Pinho (qui sera présent à Bruxelles ce 10/1 et durant le week-end) et du collectif de production Terratreme, qui se clôturera le 1er mars. Rens. : www.nova-cinema.org.