Pourquoi vouloir tourner en "Live action" les classiques de l’animation Disney ? Le tiroir-caisse, bien sûr, et cela va durer tant qu’il chantera "Money, money, money…". Certains font l’objet d’une relecture, d’autres pas du tout. Ainsi "La Belle et la Bête" est déménagé, plan par plan, du dessin animé au plateau de tournage.

Cela commence donc comme une comédie musicale sur la partition d’Alan Menken et les lyrics de Tim Rice. Un vent de nostalgie souffle, avec une agréable touche de comédie apportée par le prétendant Gaston et son acolyte. Ils trustent les meilleures scènes en imposant un ton qui ne doit rien au gnangnan, ce sont les deux seuls rescapés de ce naufrage en mer de mélasse au large de l’animation. C’est que les petits personnages - l’horloge, le candélabre et la théière - sont toujours bien présents et bien bavards, aussi.

Ce "Beauty and the Beast" peut être considéré comme un sommet du baroque rococo disneyen. Tout, absolument tout, est too much. Le château de la Bête, c’est celui que Melania Trump rêve de décorer tant il est tape-à-l’œil : trop grand, trop gros, trop cher, trop doré. Tout est stéroïdé, c’est Monsieur muscle qui se prend pour le David de Michel-Ange.

Et on ne vous a pas encore parlé de la caméra. Elle est montée, sur un ascenseur ou un yo-yo géant. Et je monte au 25e étage en 5 secondes et je redescends aussi vite et je te zoome 100 m en 4 secondes, et je t’en dézoome 150 en 3 secondes. La fraise du dentiste est plus plaisante à regarder, même sans anesthésie. Et quand on pense qu’Emma Watson a refusé "La La Land" pour ce rôle de cruche dans un parc d’attraction, on se dit que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom tient sa cruelle vengeance.

Chers parents. Et si vous montriez à vos enfants, "La belle et la bête" de Cocteau, en prises de vue poétiques. Ou le dessin animé original plutôt que cette horreur, cette abomination, cette obscénité, cette… monstruosité.


© IPM
 Réalisation : Bill Condon. Avec Emma Watson, Dan Stevens, Luke Evans, Josh Gad, Kevin Kline… 2 h 14