Des artistes, nos journalistes... partagent une sidération artistique, une épiphanie culturelle, une révélation qui les a marqués, touchés au cœur.

Voici la contribution de Fabrice Du Welz, cinéaste belge, auteur, entre autres, d’une trilogie ardennaise : Calvaire (2004), Alléluia (2017) et Adoration (2019), ce dernier étant toujours disponible en Premium VOD.

Enfant, aucun film ne m’a autant fasciné que M ad Max de George Miller en 1979. J’avais 10-11 ans et le film m’était interdit.

Partout, dans les villes et les campagnes du pays, des affiches criaient son nom entre deux phares de voiture. Debout, jambes écartées, derrière les flammes de l’enfer, un casque sur la tête, habillé de cuir, un fusil à pompe à la main, un jeune homme semblait se battre contre le chaos du monde. Une phrase sur l’affiche nous mettait en garde : " Si la violence s empare du monde, priez pour qu il soit l à . " Je frissonnais. Fiévreux. Littéralement. J’étais comme fou. Obsédé par cette affiche et le spectacle de sang et de feu qu’elle promettait. À mes yeux, le Graal ne pouvait être que ce film.

Je grandissais dans les collègues Jésuites de Belgique et, le week-end, je suppliais ma mère pour découvrir à mon tour ce spectacle baroque et incendiaire. C’était non. Et toujours non. " Le film est trop violent, disait-elle, il n est pas de ton âge . " Mon exaltation se décuplait, ma frustration aussi…

Alors, je découpais précautionneusement toutes les vignettes et les affiches de M ad Max que je trouvais ici et là. Je les punaisais sur les murs de ma chambre de pensionnat. Lors de l’office du matin, sur les murs de l’église, les grands tableaux qui mettaient en scène la passion du Christ devenaient l’histoire de Max contre le monde entier. Je voyais - je le jure - Max et son cirque de bruit et de fureur…

À table ou dans la cour de récréation, avec mes camarades, je parlais du film avec assurance. Oui, je l’avais vu, ma mère le permettait, je le connaissais, je l’avais presque fait. Il était mon ami, un intime, un double. Je l’avais vu cent fois… Or non.

Quelques années plus tard, j’ai enfin découvert M ad M ax. Le film m’a bien évidemment passionné et je le revois souvent. Mais, encore aujourd’hui, à chaque nouvelle vision, je ne peux pas m’empêcher de penser à ma version fantasmée, autrement plus naïve et contemplative, mais hautement chaotique, passionné et violente…