La vie de Lise Bataille (Mélissa Guers), 16 ans, bascule le jour où les gendarmes viennent la chercher à la plage, où elle passait la journée avec ses parents et son petit frère, Jules. Le plan est large, mais le séisme est perceptible.

Deux ans plus tard, la jeune fille - bracelet électronique à la cheville - se prépare à son procès. Sa meilleure amie, Flora, a été retrouvée poignardée dans son lit, le lendemain d’une fête à son domicile. Lise est la dernière à l’avoir vue vivante, après avoir dormi chez elle. Tout l’accuse, notamment ses silences et un terrible contentieux avec Flora survenu avant le meurtre.

Le film de prétoire reste un exercice anglo-saxon. Stéphane Demoustier se l’approprie, à partir d’un fait divers qui avait déjà inspiré le film argentin Acusada (2018) de Gonzalo Tobal. Le réalisateur français prend le parti de s’astreindre au temps du procès - évacuant, notamment, la fièvre médiatique qui accompagnerait ce genre de cas.

Pas de flash-back, non plus : le spectateur n’en saura guère plus que les informations communiquées aux jurés durant le procès. Tout au plus, pénètre-t-on dans l’intimité de la famille Bataille, occasion de montrer l’impact de la procédure et du procès sur les relations - avec, peut-être, en filigrane une métaphore sur le passage à l’âge adulte quand il conviendrait non de "tuer le père" mais l’adolescente...

Si un verdict est prononcé (la vérité judiciaire officielle), on ne sait, au premier degré, si justice est rendue. Au second, l’avocate de la défense rappelle aux jurés (et aux spectateurs) de s’abstenir de tout jugement moral sur Lise.

L’une des forces du film est de confronter le spectateur au doute. Enfermé dans le prétoire avec les protagonistes, on s’identifie au fil des joutes verbales à chacun. Stéphane Demoustier réussit ce jeu de rôle sans effet de manche. De même, ses acteurs évitent toute performance démonstrative : Roschdy Zem en père dévoué mais auquel l’épreuve du procès instille le doute, Chiara Mastroianni en mère sur la sellette, Anaïs Demoustier en avocate générale raide comme la justice, Annie Mercier en avocate de la défense impériale, sans oublier la débutante Mélissa Guers, idéalement énigmatique jusqu’à son geste final (symbole d’émancipation ?).

La fille au bracelet Drame judiciaire De Stéphane Demoustier Scénario Stéphane Demoustier, Ulises Porra et Gonzalo Tobal Avec Mélissa Guers, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Anaïs Demoustier,… Durée 1h36.

© Note LLB