Dans une première scène très solennelle, un homme ayant réuni ses très jeunes enfants autour de la table, leur donne des instructions précises sur la façon de se comporter avec des policiers pour éviter tout dérapage. Ensuite, il leur demande de réciter les commandements des Black Panthers.

Dès lors, les scènes suivantes ont de quoi surprendre. Dix ans plus tard, ces enfants sont devenus des ados et ils fréquentent une école blanche. Vive d’esprit, le visage raffiné, la jolie Starr est d’ailleurs courtisée par le beau gosse du collège. Mais lors d’une fête dans son quartier black, elle renoue avec Khalil, son ami d’enfance. Alors que celui-ci la ramène en voiture à la maison, on voit se profiler le classique film de teenager, avec le prom et un beau dilemme. Starr choisira-t-elle Chris ou Khalil, le blanc ou le noir, le riche ou le pauvre ? Une sirène retentit, une voiture de police enjoint le couple à se ranger, le contrôle dégénère, Khalil est abattu, le flic ayant pris une brosse à cheveux pour un revolver.


C’est aussitôt l’émeute dans le quartier noir de la ville - Charlottesville ? - d’autant que la justice s’est contentée de mettre le policier en congé.

Pour le teenage movie, on repassera car The Hate u Give a clairement d’autres ambitions. À travers ce format hollywoodien balisé, il s’agit de dénoncer une situation et de faire passer un message. La situation, c’est l’impunité accordée aux policiers. Elle est la source des bavures, des émeutes, de la haine générée par ce déni de justice. Quant au message, c’est celui du rappeur assassiné 2Pac : la haine inoculée aux enfants détruit le monde (The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody). Il faut briser ce cercle vicieux dès l’enfance.

Dans le rôle de Starr, Amanda Stenberg traduit avec beaucoup d’intériorité son existence schizophrène. Elle ne peut être elle-même nulle part, ni dans son école blanche, ni dans son quartier noir. Et tant du côté des autorités blanches que des dealers noirs, on l’encourage à ne pas parler, à ne pas rompre l’omerta, à entretenir le statu quo. Elle est aussi le personnage le plus complexe, le plus fouillé du récit parmi une galerie de stéréotypes évoluant dans des décors soigneusement peints. Et si George Tillman Jr sait faire monter la pression, son adaptation du best-seller d’Angie Thomas se révèle souvent lisse et formatée.

The Hate U Give / La haine qu’on donne Drame De George Tillman Jr. Scénario d’après l’œuvre d’Angela Thomas Avec Amandla Stenberg, K.J. Apa, Regina Hall, Algee Smith. Durée 2 h 13.

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